GILBERT NICOLAS

Un pacifiste de 83 ans gravement blessé par la police.

Est-ce devenu banal en France?

 

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 OUEST-FRANCE

Quimper. « Samedi soir, la charge des CRS était démesurée »

 Publié le 07/02/2017 à 10:21

Gilbert Nicolas, un pasteur de 83 ans, militant de la première heure pour la défense des droits de l’homme, a pris quatre coups de matraque par des CRS, samedi soir, à Quimper (Finistère). | Ouest-France

  • Pierre FONTANIER

 Gilbert Nicolas a 83 ans. Samedi, ce pasteur manifestait contre une réunion d’extrême droite à Quimper (Finistère). Trois coups de matraque dans le dos, un au visage : deux dents cassées, une balafre. Témoignage.

Une balafre sur la lèvre. Quand il sourit, il manque deux dents. Gilbert Nicolas, 83 ans, porte les stigmates de la soirée de samedi. Il est 19 h 40 lorsqu’il participe, à Quimper, à une manifestation extérieure contre le déroulement dans les halles d’une rencontre d’extrême-droite organisée par le site Breizh Info. « On était une centaine à crier le slogan : Bretagne ouverte et solidaire », raconte ce pasteur, militant de la première heure, membre de l’Union pacifiste de France et du Mouvement international de la réconciliation.

«  Une charge démesurée  »

Un cordon de CRS se déploie. « On était à vingt mètres. Je dois reconnaître que, dans notre groupe de manifestants d’extrême gauche, il y avait des gens incontrôlés qui portaient des foulards. » Le directeur de cabinet du préfet, Jean-Daniel Montet-Jourdran, leur demande de démasquer leur visage. Ils refusent : « Cela a été pris comme une provocation des antifascistes. Je pense que c’est ça qui a provoqué cette charge démesurée », dénonce Gilbert Nicolas.

« Je n’ai pas entendu les sommations. J’étais dans les trois premiers rangs et je ne suis pas parti tout de suite. Je sens trois coups qui me font très mal dans le dos. Je me penche et le même CRS me met un coup de matraque en pleine tête. » Bilan : deux dents supérieures de devant complètement cassées et une balafre à la lèvre. « D’autres copains ont été frappés à coup de matraque et un autre renversé violemment par un bouclier. »

Une vie d'engagement

Gilbert se réfugie dans l’entrée d’un restaurant. Sa femme, qui participe aussi à la manifestation, est prévenue. Elle le rejoint et ils retrouvent les manifestants. « J’ai mal dormi la nuit suivante. Mais on ne va pas en parler jusqu’au réveillon ! », minimise cet homme dont toute la vie a tourné autour de l’engagement avec son épouse, biologiste. Contre les essais nucléaires, pour le démantèlement de Brennilis et contre Notre-Dame-des-Landes. Ils sont aussi pros migrants, faucheurs volontaires d’OGM et Brigades de paix internationales.

S’il reconnaît que ce matraquage est « malheureux », Jean-Daniel Montet-Jourdran, le directeur de cabinet du préfet Pascal Lelarge, justifie la charge des CRS : « Un événement de la sorte a dégénéré la veille à Nantes. La manifestation antifasciste n’avait pas été déclarée et j’ai demandé à ceux qui avaient le visage caché de se démasquer : ils ont refusé. Le but était que les deux groupes ne se rencontrent pas. Et il fallait vraiment être sourd pour ne pas entendre les sommations. »

«  C'est regrettable  »

Elles ont été données par le commissaire Laurent Hurst : « C’est regrettable pour ce monsieur. Mais on peut faire usage de la force pour disperser des manifestants qui le refusent. »

 

Gilbert n’en démord pas : « Absolument rien ne justifiait l’intervention des CRS. On était là en dehors de toute organisation. Pour la promotion et la défense des droits humains, et nous opposer à toutes ces violations des droits de l’homme. Elles prennent une telle proportion au départ qu’on ne sait plus où ça finit. Les événements les plus abominables de l’histoire commencent par un peu de violence, puis un peu plus… Pour notre couple, c’est un combat quotidien. »

 

 

Un bateau nommé liberté

 

 

 

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 "L'expédition du FRI était une considérable aventure. Je ne peux qu'admirer l'esprit qui a conduit David Moodie et son équipage à faire ces milliers de milles nautiques à travers l'Océan Pacifique jusqu'à Mururoa pour s'opposer aux essais nucléaires".

 

Sir Edmund HILLARY - Vainqueur de l'Everest

 

 "Voici la grande et belle histoire d'un miracle créé par un petit groupe d'hommes et de femmes - une minuscule étincelle de conscience faisant voile contre la Bombe, contre toute la violence du monde. Ils n'avaient aucune chance au départ. Comment, en effet, un petit bateau et quelques personnes pouvaient-ils quelque chose contre cela : le plus énorme symbole de la violence du monde ?

 

Et pourtant, c'est ce qu'ils firent ! Comment ? Ils le firent. Ils firent le miracle. Ils ne s'assirent pas en attendant la fin du miracle. Ils créèrent le miracle. Ils savaient profondément qu'un miracle ne vient jamais par lui-même. Il doit être créé par l'homme -masculin/féminin- lui même.

 

Depuis les origines du monde, l'humanité a été conduite par la violence, toutes sortes de violences.

 

Jusqu'à quand ?...Aucun miracle ne vient jamais par lui-même, seule la conscience peut créer le miracle...

 

Et c'est seulement une question de choix, une question de se réveiller et d'ouvrir les yeux".

 

Bernard MOITESSIER - Navigateur

 

Le FRI, construit au Danemark en 1912, fut un voilier-cargo avant de devenir entre les mains de David Moodie un instrument au service de la paix. En 1973, le FRI, avec à son bord un équipage international, va protester contre les essais nucléaires atmosphériques français. Il reste sept semaines en vigile dans la zone d’essais, forçant ainsi le retardement de l’explosion. Le Bataillon de la Paix, conduit par le Général de Bollardière les rejoint juste avant la capture du navire par la marine française. Le bateau sera rendu saboté. Le Fri est à l’origine de la création de Greenpeace à Auckland en 1974.

 

 Par le témoignage de son journal de bord, de mars à août 1973, Gilbert Nicolas nous restitue avec une intense émotion le quotidien de cette incroyable aventure humaine. Et nous pose cette incessante question : « que puis-je faire, moi lecteur, pour m’engager ? »

 

 

 

Né en 1933 dans le Nord Finistère, Gilbert Nicolas voit son enfance marquée par la guerre. Son parcours de vie sera déterminé par un esprit de résistance et de révolte, une conscience pacifiste et antimilitariste , qu’il traduira par des engagements multiples solidement ancrés sur les droits de l’homme. Apprenti couvreur à Paris, docker à Marseille, marin pêcheur en Bretagne, pasteur protestant sans ministère, il sera de tous les combats, des années 50 à ce jour encore avec les marches organisées par Footprints for peace contre les mines d’uranium, l’emploi du nucléaire civil et militaire et les déchets. Marcher, jeûner, protester, alerter, Gilbert Nicolas nous encourage à le suivre en citant Pierre Cérésole : « Venez, même si impossible ».

 

 

 

192 pages, carnet photos 16 pages couleurs, format A5

 

Prix public : 16 €