Marie et Gilbert Nicolas

 

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Quand Pedro m’a appris que notre ami Gilbert Nicolas avait été blessé par la police, je lui ai téléphoné pour prendre de ses nouvelles. Avec son sens de l’humour Gilbert m’a dit qu’il avait perdu deux dents et qu’il ne les avait pas retrouvées. Il m’a envoyé le lendemain un courrier avec des coupures de presse et ce mot : « La semaine dernière a été bien chargée du lundi 26 janvier 10 heures au samedi 4 février 20 heures… (mais) On ne lâche rien ! On ne lâchera rien ! » Que s’est-il passé pendant cette semaine pour nos deux amis pacifistes Marie et Gilbert Nicolas ? Suite dans les journaux bretons Le Télégramme du 19 janvier et Ouest-France du 7 février.

 Marie Nicolas a été convoquée le 26 janvier 2017, en audition libre, au commissariat de police de Quimper pour être entendue par la police à la suite d’un arrachage de colza « muté », en novembre 2016, dans la région de Dijon. Militante des faucheurs volontaires anti-OGM, elle s’est opposée à tout prélèvement d’ADN et elle attend son procès qui lui permettra d’expliquer son geste de désobéissance civique. Elle écrit dans une lettre ouverte : « Nous étions 67 faucheurs. À l’heure actuelle 14 d’entre nous ont été convoqués et 2 dont moi, soumis à un prélèvement d’ADN que nous avons refusé. Depuis 2003, plus de 2 millions de Français ont fait l’objet d’un prélèvement ADN, en garde-à-vue (donc alors qu’elles étaient présumées innocentes) ou après une condamnation, même bénigne ou strictement politique (de désobéissance civique). Le ministère de l’Intérieur impose des objectifs chiffrés aux forces de l’ordre. Cette augmentation démesurée du nombre de personnes fichées a fini par changer la nature du FNAEG (Fichier national automatisé des empreintes génétiques), initialement réservé aux personnes condamnées pour crimes à caractère sexuel. L’inscription au fichier devient une peine en soi et crée une présomption de culpabilité appuyée sur un fichier de suspects permanents… Ce prélèvement porte atteinte au respect de la vie privée et à la sauvegarde de la dignité humaine ».

Il y avait beaucoup de monde à Quimper pour soutenir Marie Nicolas, personnalité engagée contre les OGM et le nucléaire, féministe, tiers-mondiste , co-fondatrice avec Gilbert du groupe « 39 » d’Amnesty international, militante pour l’éducation des enfants à Madagascar et au Togo, luttant contre les violences faites aux enfants en Palestine... En prenant sa retraite de professeur agrégée de biochimie au lycée Chaptal de Quimper elle déclarait avec humour, dans son discours d’adieu que si elle devait être identifiée à un « vieux meuble » du lycée elle préférait la table à la chaise. «  Une table pour un professeur de biologie, c’est un lieu d’expériences, de découvertes, de réflexion, un lieu d’émerveillement et je crois que la biologie est un monde extraordinaire qu’il faudrait plus de 100 vies pour l’explorer. Choisir d’enseigner c’est faire le choix d’une science offerte, ouverte, actuelle, d’une science à disposition du citoyen dans un monde respectueux des droits humains et de l’éthique. »

Voila pourquoi Marie Nicolas précise dans son combat actuel contre les OGM et l’ADN : « Le problème qui nous conduit à nous mobiliser ce sont les manipulations de l’ADN, transgénèse, mutagenèse, nouvelles technologies qui sont mises en place par les firmes agrochimiques pour s’accaparer les semences, les sols et breveter le vivant. »

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 Le 7 février 2017, Ouest-France titre:« Quimper - Le pasteur Gilbert Nicolas, 83 ans, matraqué par les CRS ». L’article est accompagné d’une photo qui montre ce membre d’associations « violentes » comme l’Union Pacifiste de France, des Brigades de la Paix et du Mouvement International de la Réconciliation, avec une blessure au visage. C’est le journaliste Pierre Fontanier qui raconte : « Gilbert Nicolas porte les stigmates de la soirée de samedi 4 février 2017. Il est 19 h 40 lorsqu’il participe, à Quimper, à une manifestation extérieure contre le déroulement dans les halles d’une rencontre d’extrême-droite organisée par le site Breizh Info. Gilbert Nicolas témoigne : « On était une centaine à crier le slogan : Bretagne ouverte et solidaire »… Un cordon de CRS se déploie. « On était à vingt mètres. Je dois reconnaître que dans notre groupe de manifestants d’extrême gauche, il y avait des gens incontrôlés qui portaient des foulards… Je pense que c’est ça qui a provoqué une charge démesurée… Je n’ai pas entendu les sommations. J’étais dans les trois premiers rangs et je ne suis pas parti tout de suite. Je sens trois coups qui me font très mal dans le dos. Je me penche et le même CRS me met un coup de matraque en pleine tête » Et il ajoute : « Absolument rien ne justifiait l’intervention des CRS. On était là en dehors de toute organisation pour la promotion et la défense des droits humains et pour nous opposer à toutes ces violations des droits de l’homme. Elles prennent une telle proposition au départ qu’on ne sait plus où ça finit. Les évènements les plus abominables de l’histoire commencent par un peu violence, puis un peu plus… Pour notre couple, c’est un combat quotidien. »

Gilbert Nicolas a vécu les drames de 39-45. Il connait l’histoire qui conduit aux tragédies des guerres. Il écrit dans un texte intitulé « Oratorio pour un siècle défunt » : « C’est toujours par un peu d’injustice que les situations atroces commencent. L’histoire nous a appris combien étaient isolés ceux qui, dans les années trente maintenaient dans l’Allemagne nazie leur témoignage pacifiste, leur volonté de résistance. Et combien, par prudence, on se taisait autour d’eux. Après, il y a eu tout ce qui s’est passé pendant la guerre avec Hitler et ses acolytes. Ensuite, il y a eu l’holocauste. Quand on commence à laisser glisser, que, par lâcheté, on permet que se fassent certaines entorses à la justice, aux droits de l’homme, aux droits des femmes, aux droits des enfants, quand on laisse dévier un peu, alors, on se prépare des lendemains atroces. »

Il a adressé une lettre ouverte au directeur du cabinet du préfet du Finistère dans laquelle il écrit notamment : « Cette scandaleuse intervention nous ramène à des périodes noires de l'Histoire durant lesquelles ce sont les justes qui sont les victimes alors que les fauteurs de troubles sont protégés par l'lnstitution et la légalité. »

 Marie Nicolas, dont la mère, Suisse, aidait déjà les enfants juifs à fuir l’Allemagne nazie, Gilbert Nicolas qui a aussi travaillé avec la CIMADE à l’accueil des réfugiés, savent de quoi ils parlent quand ils pointent les menaces qui pèsent sur notre société. La violence qui s’exerce contre eux doit être dénoncée par toutes celles et tous ceux qui espèrent qu’un monde juste et humain peut être sauvé. En France, l’activité guerrière du gouvernement et les violences policières qui se multiplient ne laissent rien présager de bon pour l’avenir mais les pacifistes comme Marie et Gilbert Nicolas ne baissent pas les bras et nous les soutenons dans leurs actions de résistance.

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