Les pauvres démocrates du Burkina Faso n'auront pas pu rester longtemps en liberté: les militaires ont repris le pouvoir. La violence et la mort sont de retour!

Le nouvel homme fort, homme de main de l'ex-président Blaise Compaoré, a-t-il pu agir sans la complicité de l'ex-puissance coloniale?

On peut en douter quand on sait que Blaise Compaoré était soutenu et armé par la France et que ce "digne" représentant de la Françafrique a été chassé par la population sans l'accord des services français.

Nous saurons peut-être un jour comment la France continue à manipuler les gouvernements de ses ex-colonies.

Voici ce que l'on peut lire dans le Monde, journal proche des socialistes:

Au Burkina Faso, les putschistes nomment un proche de l’ex-président Compaoré

Il s’agit donc bien d’un coup d’Etat. Après une nuit d’incertitudes, un représentant des militaires putschistes a annoncé, jeudi 17 septembre à la télévision burkinabée, la destitution du président par intérim, Michel Kafando, la dissolution du gouvernement et la création d’un Conseil national de démocratie (CND).

Dans la foulée, les putschistes ont désigné Gilbert Diendéré, ancien chef d’état-major et bras droit de Blaise Compaoré, à la tête de cet organisme censé organiser les élections, initialement prévues dans trois semaines, qui mettraient un terme à la transition commencée avec la chute de l’ancien régime, en octobre 2014.

Diendéré prend ses distances avec Compaoré

Dans un entretien à Jeune Afrique, le général Diendéré justifie cette prise de pouvoir par une « grave situation d’insécurité préélectorale [qui] régnait au Burkina ». Il a également tenu à prendre ses distances avec le parti de Blaise Compaoré, le Congrès pour le progrès et la démocratie (CDP). « Je n’ai pas eu de contact avec lui [Blaise Compaoré], ni avant ni après » le coup d’Etat, a assuré Gilbert Diendéré à la chaîne de télévision France 24. « Nous avons le soutien de l’armée », a-t-il ajouté.

« Nous sommes passés à l’acte » en raison « des mesures d’exclusion prises par les autorités de transition », a expliqué le général, en référence à l’interdiction faite aux partisans de l’ancien chef de l’Etat de se présenter à la présidentielle et aux législatives d’octobre. Le président de transition et son premier ministre, Isaac Zida, « ont été placés en résidence surveillée. Ils vont bien et seront relâchés ».

« Nous souhaitons discuter avec tous les acteurs politiques pour repartir sur de bonnes bases. Des élections auront bien lieu, mais nous devons d’abord nous concerter. »

Couvre-feu à Ouagadougou et frontières fermées

Le chef de l’Etat sénégalais Macky Sall, président en exercice de la Communauté économique des Etats d’Afrique de l’Ouest et son homologue béninois, Thomas Boni Yayi, se doivent se rendre vendredi au Burkina Faso afin d’assurer une médiation. Dans la nuit, le Conseil de sécurité de l’ONU a « condamné le plus fermement possible » le coup, dans une déclaration unanime, et a agité la menace de sanctions contre les putschistes s’ils ne rendent pas le pouvoir.

Mercredi, plusieurs soldats du régiment de sécurité présidentielle (RSP), l’ancienne garde prétorienne de Blaise Compaoré, avaient ouvert les hostilités en faisant irruption pendant le conseil des ministres et pris en otage le chef de l’Etat, et plusieurs membres du gouvernement. Au nom de la France, François Hollande a condamné « fermement le coup d’Etat » et « appelle à la libération immédiate de toutes les personnes arrêtées », car « il ne peut pas y avoir de légalité avec des putschistes ». Le Quai d’Orsay a appelé les quelque trois mille Français sur place à rester chez eux.

« Pour tous les démocrates, c’est un terrible coup dur »

 

Le président du Conseil national de la transition (assemblée de transition), Chérif Sy, a appelé sur RFI « le peuple à se mobiliser immédiatement contre cette forfaiture »« C’est une question de rapport de force ! », a-t-il lancé, dénonçant un « coup d’Etat ».

Dans la matinée de jeudi, les militaires, qui ont dispersé la foule à Ouagadougou avec des tirs de sommation, avaient annoncé la mise en place d’un couvre-feu de 19 heures à 6 heures du matin, et la fermeture des frontières du pays.

Comme tous les leaders de l’opposition ou de la société civile joints par Le Monde, Simon Compaoré, du Mouvement du peuple pour le progrès (MPP), s’estime désormais menacé.

« Pour tous les démocrates, c’est un terrible coup durNous sommes tous révoltés. Nous aurions cru à une fin heureuse de la transition avec la campagne électorale qui devait débuter dimanche, mais voilà qu’une décision brutale est venue mettre un terme au processus. Il serait sage que le RSP fasse machine arrière pour ne pas plonger le pays dans le chaos. La raison doit prévaloir étant donné nos difficultés économiques. »

« Nous condamnons clairement l’inacceptable prise de pouvoir par la force et nous continuons notre combat pour la démocratie et pour la tenue d’élections, a déclaré Zephirin Diabré, candidat à la présidentielle du parti Union pour le progrès et le changement. Je ne sais pas qui est derrière ce coup d’Etat, mais il y aura un dialogue à un moment ou un autre. C’est une question de quelques jours… »

Une patrouille militaire à Ouagadougou le 17 septembre.

Les divisions sont fortes au sein de la classe politique« Je pense que l’action du RSP, que je ne condamne pas, va permettre un nouveau démarrage, car la transition était déviante, estime Amadou Diemdioda Dicko, premier vice-président de l’Union pour un Burkina nouveau. Ce sont des lois liberticides et excluant les anciens partisans ou ministres de Blaise Compaoré qui ont motivé le RSP à agir. Il y a trop de mécontents, et l’action du RSP peut sembler violente mais vue d’ici, elle semble légitime. »