Henri Leclerc, justice pour tous

 A 83 ans, le limousin Henri Leclerc a écrit un livre qui raconte avec verve et humour son engagement d’avocat pénaliste : « La parole et l’action ».

 Anticolonialiste et défenseur des droits de l’homme, il s’adresse aux lecteurs d’aujourd’hui à travers les récits de ses grandes plaidoiries. Il déclarait déjà, en 1998, à l’occasion du centenaire de la Ligue des Doits de l’homme qu’il présidait: « Des lois de police tiennent lieu dans notre pays de politique d’immigration. Nous ne saurions accepter que l’on fasse des étrangers les boucs émissaires de nos misères, que l’on transforme l’Europe en une sorte de forteresse qui serait assiégées par les pauvres du monde, que nous perdions notre âme sous la pression de l’extrême droite raciste et xénophobe qui attise la braise du désespoir et des peurs. Nous continuerons à résister à l’oppression dont sont victimes ces hôtes qui vivent avec nous. » Quelle leçon prémonitoire pour les politiques de l’Europe de 2017 qui rivalisent de mesures répressives pour chasser les étrangers et punir celles et ceux qui tentent de leur venir en aide !

Formé par l’avocat d’assises Albert Naud qui lutta toute sa vie pour l’abolition de la peine de mort, Henri Leclerc a bien connu aussi Jean-Jacques de Félice, avocat de l’Union Pacifiste jusqu’en 2008. « Nous étions amis depuis nos bagarres étudiantes (contre le colonialisme). Fils de parlementaire, protestant et pacifiste, engagé dans la défense des militants anticolonialistes, des objecteurs de conscience, des réfugiés et des paysans du Larzac, très proche de l’abbé Pierre, vice-président de la Ligue des doits de l’homme, Jean-Jacques est entré à l’hôpital atteint d’une leucémie qui ne lui laissait, il le savait, que peu d’espoir. Il m’appela alors pour me parler de ce qui nous avait si souvent réunis et il évoqua Lucien Léger. » Ce criminel qu’Henri Leclerc défendait échappa à la peine de mort. Mais il fut condamné à  perpétuité et subit la plus longue peine en prison de tous les détenus français: 41 ans.

C’est un combat pour la justice et une histoire de la défense des luttes, en France et à l’étranger, qu’Henri Leclerc réussit à faire vivre dans la mémoire de ses contemporains.

Au Portugal, il aide l’avocat Mario Soares à prouver l’assassinat de l’homme politique Humberto Delgado par la PIDE, la police politique du dictateur Salazar.

En Guadeloupe il aide l’avocat Félix Rodes à défendre les grévistes victimes de la répression coloniale du 27 mai 1967 qui fit plusieurs dizaines de morts.

En mai 1968  il défend les « gauchistes » avec le GAJ, Groupe d’action judiciaire dont font partie aussi Jean-Jacques de Félice et Louis Joinet,

Il plaide pour Dominique Grange poursuivie pour sa chanson « Les nouveaux partisans ».

En 1986, il s’élève contre les lois Pasqua qui assimilent les immigrés à des « terroristes ».

De 1995 à 2000, il préside la Ligue des droits de l’homme et dénonce toutes les atteintes à la dignité humaine.

En 1996, il défend les sans-papiers de l’église Saint-Bernard. Il est aussi l’un des avocats du Canard enchaîné contre Le Pen, l’un des avocats de Bernard Lambert et de la Confédération paysanne au procès des dix à Millau. Il est aussi l’avocat des victimes de Paul Touvier et de bien d’autres personnes dans des procès moins médiatisés mais tout aussi importants pour un défenseur des droits.

Au «  Palais d’injustice » de Paris, comme le qualifiait Aguigui Mouna, les avocats de la trempe d’Henri Leclerc redonnent de l’espoir.

Henri Leclerc, La parole et l’action, Fayard, 24 €, 512 p.

Henri Leclerc