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8 novembre 2005

GUERRE CIVILE ?

GUERRE CIVILE ? 8 novembre 2005 Les Américains pro-Bush, qui nous aiment bien, ont déjà parlé de "guerre civile" en France au sujet des violences des jeunes. Nos journalistes se sont indignés mais hier soir, à la télévision, le premier ministre Villepin a annoncé l'état d'urgence et le couvre-feu. Alors nous sommes donc en situation de guerre civile? On peut penser que oui si l'on sait que c'est une loi votée à l'époque de la guerre d'Algérie qui permet de prendre ces dispositions policières exceptionnelles. En 1954 on ne parlait pas de guerre en Algérie mais de maintien de l'ordre. Aujourd'hui, notre premier ministre martial, sans un soupçon d'humanité dans la voix, annonce froidement l'état d'urgence en France et peut-être demain le recours à l'armée pour combattre l'ennemi intérieur. C'est préparer l'opinion publique à une possibilité de "guerre civile", c'est désigner une couche de la population française, la plus pauvre, comme l'ennemi intérieur, c'est encourager les citoyens à se défendre et à commettre demain des actes de guerre dans l'impunité. Le ministre se glorifiait d'avoir fait arrêter plus d'un millier de jeunes. Une juge pour enfants reconnaissait ce matin à la radio que les enfants interrogés n'ont aucune notion d'avoir fait autre chose que des "bêtises", qu'ils vivent dans un autre monde et qu'elle a du mal à les envoyer en prison puisque la prison ne leur fait pas peur et qu'elle ne servirait à rien d'autre qu'à leur donner de plus mauvaises idées. Elle soulignait aussi le manque de moyens dramatiques pour traiter le problème de ces enfants et se demandait s'il n'était pas trop tard. Les médias étrangers parlent de la propagation de la révolte en Europe. A Berlin et en Belgique des jeunes ont commencé aussi à brûler des voitures. C'est donc bien la révolte d'une jeunesse qui est la première victime de notre système. Au Moyen Age c'étaient les jacqueries des cerfs, à la fin du XIXème siècles c'étaient les paysans déplacés qui venaient former la main d'oeuvre exploitée des industries naissantes, aujourd'hui ce sont les jeunes qui n'ont pas de place dans notre système compétitif. On avait utilisé les colonies et les bagnes pour se débarasser des pauvres. Qu'est-ce que vont imaginer nos gouvernants pour tenter d'éliminer ces jeunes qui n'ont aucun avenir et qui perturbent notre système? Villepin parle de s'en prendre aux parents si l'on ne peut pas saisir les enfants. C'est la méthode de répression classique. C'est la même pression que les autorités soviétiques faisaient peser sur les dissidents qui étaient tentés par l'exil, c'est la méthode des policiers pour retrouver des criminels, c'est la méthode des terroristes pour faire aboutir leurs revendications, c'est la méthode des otages en temps de guerre pour faire céder les résistants, c'est l'aveu d'un échec de l'autorité et de la force. En plus Villepin devrait se méfier quand on sait que son fils a été arrêté par la police pour tapage nocturne et qu'il a eu le culot d'appeler son père du commissariat et de passer le téléphone au policier pour obtenir immédiatement sa remise en liberté. Même le premier ministre ne peut pas contrôler ses enfants alors que dire des pauvres parents chômeurs, sans pouvoir sur leurs enfant qui leur reprochent leur docilité et qui ont été témoin des toutes les humiliations qu'ils subissent tous les jours. Pour l'instant aucun homme politique n'a de solution à cette crise car tous ont échoué. Alors il faut s'interroger sur les solutions citoyennes dont la première est peut-être de ne pas céder à la panique et de considérer ces jeunes qui vivent une juste révolte, non pas comme des "ennemis" mais comme des amis désespérés.
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