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13 novembre 2007

JEAN CHESNEAUX, HOMMAGE

JEAN CHESNEAUX, HOMMAGE 13 NOVEMBRE 2007 UNE JOURNÉE D'HOMMAGE A JEAN CHESNEAUX S'EST TENUE LE 10 NOVEMBRE 2007, À PARIS J'AI EU LE PLAISIR D'Y REVOIR THIERRY PAQUOT, MICHELE PERROT, STEPHANE HESSEL, ALBAN BENSA .... BEAUCOUP D'INTERVENANTS, DISCOURS PARFOIS LONGS ET FASTIDIEUX MA COURTE INTERVENTION SUR LE THÈME: JEAN CHESNEAUX, LE MERVEILLEUX RESISTANT AUQUEL IL ÉTAIT IMPOSSIBLE DE RÉSISTER J'AI DIT QUE J'AVAIS RÉUSSI À RESISTER À L'ARMEE EN ÉCHAPPANT AU SERVICE MILITAIRE OBLIGATOIRE À L'EPOQUE, À RESISTER À L'EDUCATION NATIONALE EN EXERçANT SEULEMENT TROIS MOIS MON MÉTIER D'ENSEIGNANT, À RESISTER À L'ATTRAIT DES PARTIS POLITIQUES ET DES SYNDICATS, MAIS PAS À JEAN CHESNEAUX QUI M'AVAIT RECRUTÉ POUR GREENPEACE VOICI LE TEXTE QUE J'AI PROPOSÉ: Le grand départ de Jean Chesneaux Le grand départ de Jean Chesneaux nous a frappés au coeur de l'été 2007 et nous a laissés orphelins d'un ami très cher et d'une conscience humaine qui nous aidait à vivre. Jean, grand voyageur, est souvent parti vers des terres mal connues, il nous en a toujours ramené des analyses et des réflexions qui nous ont enrichis. Il était toujours prêt à « aller voir » et il éprouvait le besoin, à son retour, de nous faire partager ses découvertes. Il croyait à l'utilité du savoir commun pour améliorer la société. Mais cette fois Jean est parti vers des terres ignorées de tous et il n’en reviendra pas. Je ne suis pas croyant, mais j'ai envie d’imaginer que Jean va retrouver dans l’au-delà de nombreux compagnons qui ont « éclairé sa route » de militant. Je pense à Félix Guattari, Jean-Marie Tjibaou, Yéwéné Yéwéné, Georges Bouderel, Madeleine Rebérioux, Claude Bourdet, René Dumont, Théodore Monot, Michel Verret, François Partant, un économiste critique qui a fait une série de films « Au nom du progrès » avec le cinéaste luxembourgeois Gordian Troëller et sa compagne Marie-Claude Deffarge, tous deux aussi disparus, et bien d'autres qui n'hésitaient pas, comme Jean, à prendre des risques, à marcher à contre-courant, à nous proposer une ouverture sur le monde. J'espère qu'il retrouvera aussi ceux qu’il a admirés: Walter Benjamin, Georges Orwell, Bertolt Brecht, Jules Verne et aussi l'ami Coluche qui était pour lui « un timide, un angoissé, un insatisfait » et qu'il avait soutenu dans sa candidature à la présidentielle de 1981. Toutes ces personnalités nous manquent comme Jean nous manque déjà. Jean Chesneaux ne sera pas oublié car il n'était pas un homme seul. Il croyait à la réussite de l'action collective et faisait tout pour obtenir votre adhésion et vous faire partager ses luttes. Nombreux sont aujourd'hui les amis qui peuvent en témoigner: Michelle Perrot, Thierry Paquot, Alban Bensa, François Maspero, José Bové, Dario Fo, Jean-Marie Fardeau, Katia Kanas, Pascal Husting et bien d'autres que je ne connais pas. Mais tous ces noms sont familiers à tous ceux qui, comme Jean, n'ont jamais quitté le navire du mouvement de résistance, tous ceux qui se sont engagés, dans les révoltes anti-coloniales et, comme disait Jean, dans les « élans idéalistes et combatifs » de Mai 68. Si la ligne personnelle de Jean Chesneaux, entre le maoïsme et le parti communiste français, a pu dérouter certains intellectuels, Jean a toujours fait preuve d'une fidélité remarquable à son idéal et a toujours gardé un esprit critique et constructif aussi bien envers lui-même qu'envers ses amis: ce qui est une attitude assez difficile et assez rare pour être soulignée. Jean avait une force incroyable pour vous choisir, vous adopter et faire de vous un « ami militant ». Je peux en témoigner puisque j'ai eu le privilège de le rencontrer il y a seulement une vingtaine d'années. Il m'avait repéré au Larzac pendant que je préparais un film sur l'association Kanaky Solidarité. Dans un rassemblement sur le Causse, Jean Chesneaux m'avait impressionné par son allure de paysan australien, sa connaissance du Pacifique, ses positions anti-colonialistes, ses visions du devenir de Kanaky. Lors d'un premier voyage en Nouvelle Calédonie, en 1989, le lendemain de mon arrivée à Nouméa, à 7h 30, heure de l'ouverture de la poste, je tombe sur Jean Chesneaux. Quel hasard ! Si loin de Paris et du Larzac. Mais surtout, quelle chance pour moi! Jean avait une journée de liberté avant de reprendre son avion et il s'est tout de suite proposé pour me faire découvrir la ville et surtout sa population. Du quartier populaire de Montravel aux bâtiments de l'époque du bagne et de l'occupation de 1942 par l'armée américaine, jusqu'au bar chic du Saint Hubert, Jean ne se lassait pas de me faire une lecture historique de Nouméa. C'est un moment exceptionnel dans la carrière d'un cinéaste militant, un moment que l'on ne peut pas oublier. J'ai ensuite revu Jean épisodiquement jusqu'à un coup de téléphone, un matin, en 1999. Jean était direct: « - Bernard, je suis président de Greenpeace France et je t'invite, dimanche prochain, à une réunion de l' Assemblée Statutaire. Est-ce que tu acceptes? - Bien sûr! Ça m'intéresse d'autant plus que je suis déjà adhérent à Greenpeace et que cette organisation internationale me fascine » Malheureusement, la veille du rendez-vous, mon travail lié à l'actualité, ne me permet pas de me libérer. J'envoie un fax pour m'excuser. Le lundi matin, vers 8h, Jean me téléphone: « - Bernard, je ne t'ai pas vu à l'AS. Greenpeace est une organisation qui se bat contre des adversaires puissants et qui a besoin de militants sérieux. Alors si tu ne peux pas t'engager, dis-le moi tout de suite ». Jean n'avait pas été informé de mon fax et il n’hésitait pas à me faire la leçon. Mais c'était pour la bonne cause et il savait que de cette façon il obtiendrait mon engagement définitif. C'est ce qui s'est produit et j'ai tout fait pour garder la confiance d'un homme aussi convaincu et persuasif. Nos rencontres à Greenpeace, au milieu de militants jeunes et sincères, ont toujours été des moments d'enrichissement et de joie. J'ai pu apprécier une autre facette de la personnalité de Jean: son goût de la vie, sa joie de communiquer, son sens de l'humour, son plaisir de rire, et dans les situations difficiles, sa faculté de prendre de la distance pour mieux affronter le débat. Un jour Jean me donne un de ses textes à lire: « Du PCF à Greenpeace ». Nous en discutons ensuite. Mais c’est seulement après sa disparition que je lis le livre dans lequel cet écrit a été publié: « L'engagement des intellectuels, itinéraire d'un historien franc-tireur” . Je retrouve dans ce livre remarquable toutes les idées et tous les combats de Jean. Enfin à la retraite d'une télévision qui me devenait de plus en plus étrangère, j'ai réussi l'année dernière, à mettre sur un DVD quelques archives d’un projet de film sur Kanaky Solidarité qui, faute de soutien télévisuel, n'a jamais abouti . Jean Chesneaux a été le premier personnage dont j'ai recueilli les paroles. Je regrette de ne pas avoir eu le temps et la possibilité de réaliser un film-portrait sur Jean Chesneaux . Et je remercie son ami Thierry Paquot d’avoir conduit un bel entretien avec Jean, sur tout son itinéraire de militant, dans l’émission de France Culture: “ A voix nue”. Jean était dans « l'histoire qui se fait ». C'était un homme de son temps, de son monde, qui s'intéressait à toute la planète. Il savait que nous entrions dans des « moments dangereux de notre histoire », il avait conscience de l'urgence des combats à mener pour lutter contre la crise écologique planétaire et la fracture Nord/Sud. Il ouvrait sans cesse des voies nouvelles pour nous indiquer le chemin à suivre. Pour ne pas l'oublier, pour rester dignes de sa confiance, pour poursuivre son oeuvre, nous savons que nous devons « continuer ses combats », que nous devons construire cette « société civile internationale » qu'il défendait, que nous devons toujours rester proches de ce « peuple de la terre » qu'il aimait tant, que nous ne devons jamais abandonner le mouvement qui pousse à un changement radical de la société. Comme disait son ami Dario Fo: « Si vous restez immobiles, vous êtes massacrés « . Dans le discours de Jean Chesneaux, pour le départ à la retraite de sa collègue historienne Michelle Perrot, il donnait une belle signification du mot “départ “: « le départ d'un grand air d'opéra ». Alors je pense qu'il souhaiterait aussi un nouveau départ de notre société vers plus de solidarité, plus d'audace, plus d'engagement, un nouveau départ vers, comme il l'écrivait « un avenir commun à l'ensemble du genre humain...Un humanisme qui permettrait d'affronter ensemble les périls qui nous menacent et de réaliser nos espérances communes ». Comme l’affirmait déjà son ami René Dumont: « Il est encore temps, mais il est tout juste temps ». Alors Jean, nous allons nous employer à ne pas te décevoir. Bernard Baissat , 20 août 2007
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