NOUS SOMMES EN GUERRE, jour 79
NOUS SOMMES EN GUERRE, jour 79 ( 03/06/2020 )
RÉPRESSION. La guerre contre le coronavirus n’est pas terminée et la guerre sociale se poursuit. Nous apprenons ce matin que la manifestation pacifique qui s’est tenue devant le Palais de justice de Paris pour obtenir la vérité sur la mort d’Adama Traoré après son arrestation par la gendarmerie, a été violemment réprimée.
Les médias français qui parlent largement des violences policières aux Etats Unis en s’indignant des propos du président américain doivent faire état ce matin des violences des « forces de l’ordre » en France. Alors que le policier coupable a été condamné aux Etats Unis, aucun policier ou gendarme, objet d’une plainte, n’a été inquiété en France.
La situation sociale de la France, après la catastrophe sanitaire du coronavirus, est très tendue. On peut craindre, d’après les discours martiaux des autorités, une accentuation de la répression.
Le Monde, 02/06/2020 Mort d’Adama Traoré : une nouvelle contre-expertise met en cause les gendarmes
Selon ce nouvel examen réalisé à la demande de la famille du défunt, la mort du jeune homme de 24 ans serait due au « plaquage ventral » effectué par les gendarmes lors de l’interpellation.
Par Louise Couvelaire Publié hier à 19h35, mis à jour hier à 20h11
Dans l’affaire Adama Traoré, jeune homme de 24 ans mort sur le sol de la caserne de Persan (Val-d’Oise) en juillet 2016 à la suite d’une interpellation musclée par les gendarmes, le marathon médico-légal se poursuit. Quatre jours après la révélation d’une expertise médicale exonérant la responsabilité des militaires dans le décès d’Adama Traoré, les conclusions d’une nouvelle contre-expertise indépendante, réalisée à la demande des parties civiles, viennent la contredire.
Dans ce document daté du 2 juin, que Le Monde a pu consulter, l’expert, professeur spécialiste des maladies systémiques, dont la sarcoïdose (une maladie inflammatoire avancée par certaines expertises comme étant l’une des causes possibles d’une défaillance cardiaque de la victime), conclut que le « décès fait suite à un syndrome asphyxique. Le syndrome asphyxique fait suite à un œdème cardiogénique. L’œdème cardiogénique fait suite à une asphyxie positionnelle induite par le plaquage ventral. Le plaquage ventral a entraîné “la mise en position corporelle entravant l’échange normal de gaz et avec l’impossibilité de se libérer de cette position”. Aucune autre cause de décès n’est identifiée. » « L’œdème cardiogénique n’est que la conséquence de l’asphyxie et non la cause », est-il précisé. « Ce rapport démonte point par point l’expertise de la semaine dernière et désigne le plaquage ventral comme ayant causé la mort d’Adama Traoré », se félicite Me Yassine Bouzrou, l’avocat de la famille.
Onze documents médicaux
Dans cette affaire, les expertises médicales censées faire la lumière sur les causes de la mort se succèdent sans parvenir à des résultats concluants. Si toutes reconnaissent une mort par asphyxie, elles divergent sur son origine. Pour les proches de la victime, la mort d’Adama Traoré est due à la compression exercée sur sa cage thoracique lors du « plaquage ventral » par les trois gendarmes. Pour ces derniers, placés sous le statut de témoin assisté pour les faits de non-assistance à personne en danger, elle a été causée par une ou plusieurs fragilités antérieures du jeune homme.
La dernière contre-expertise indépendante se fonde sur l’étude de onze documents médicaux publiés sur la mort d’Adama Traoré en bientôt quatre ans : une autopsie, une contre-autopsie, un compte rendu anatomopathologique (analyse des tissus), un rapport d’expertise anatomopathologique, un rapport d’expertise toxicologique, un examen neuropathologique, une expertise du dossier médical, un examen anatomopathologique, une expertise médico-légale de synthèse, une contre-expertise médico-légale et un rapport d’expertise médicale.
Ce dernier, ordonné par les deux juges d’instruction et mené par un collège de trois médecins, affirmait qu’une défaillance cardiaque était à l’origine de la mort du jeune homme. Datée du 24 mars, cette étude dit ne pas trouver « de pathologie évidente expliquant cet œdème cardiogénique » et l’attribue à l’association de plusieurs éléments : une sarcoïdose pulmonaire, une cardiopathie hypertrophique, un trait drépanocytaire, le tout « dans un contexte de stress intense » et « d’effort physique », « sous concentration élevée » de cannabis. Pour le professeur, auteur de la contre-expertise indépendante, les trois médecins n’ont fait « que des suppositions » sans démontrer « que ces pathologies [avaient]contribué à causer le décès d’Adama Traoré ».
Les parties civiles ont encore dix jours pour demander aux juges d’instruction d’ordonner une nouvelle contre-expertise.
LCI « REVOLTE !" - Plus de 20.000 personnes ont manifesté mardi soir devant le tribunal judiciaire à Paris pour rendre hommage à Adama Traoré et dénoncer les violences policières. Le rassemblement a commencé dans le calme mais des incidents ont éclaté vers 21 heures. Notre journaliste était sur place.
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03 juin 06:21 - Matthieu DELACHARLERY |
Mardi 2 juin en début de soirée, en dépit de l’interdiction prononcée tardivement par la préfecture de Police, plus de 20.000 personnes se sont rassemblées sur le nouveau parvis du tribunal de Paris, dans le 17e arrondissement, en réponse à l’appel du comité de soutien à la famille d’Adama Traoré, ce jeune homme noir de 24 ans mort en 2016 après une interpellation musclée. "Aujourd’hui, ce n’est plus que le combat de la famille Traoré, c’est votre combat à vous tous. Aujourd’hui, quand on se bat pour George Floyd (ndlr : ce noir américain tué par un policier blanc aux Etats-Unis), on se bat pour Adama Traoré", a lancé Assa Traoré, la sœur aînée d’Adama, face à des manifestants arborant des pancartes "Black Lives Matter" ("Les vies des Noirs comptent", en français) et scandant "Pas de justice, pas de paix", "Révolte !" ou "Tout le monde déteste la police".
Comme la plupart des manifestants présents ce mardi soir, Kevina, une étudiante de 19 ans, a été alertée via les réseaux sociaux. Elle n’a pas hésité une seconde. "Les policiers ne sont pas censés tuer, ils sont censés nous protéger", dit-elle à LCI, en colère. "Si nous sommes ici, pour manifester, c’est pour lutter contre les injustices, pour que, plus tard, nos enfants ne vivent pas la même chose", explique la jeune femme. A ses côtés, Fatima, 18 ans, embraye. "Le racisme et la haine n’ont pas de frontière. Ce qui se passe aujourd’hui aux Etats-Unis, avec la mort de George Floyd, a permis de réveiller les consciences, y compris ici en France", estime-t-elle.
