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22 novembre 2016

GÉRARD LERETOUR

…Soldat ? Jamais !

 

soldat, jamais

Il est parfois utile de faire du rangement dans sa bibliothèque !

Alors que j’essayais, il y a quelques jours, de classer mes livres par thème, je tombais sur un vieux livre de 1933, poussiéreux, pas encore découpé, édité par l’auteur : Gérard Leretour.

Le titre correspond à mes convictions: « …soldat ? Jamais s! ». Sur la première page est collée une carte visite : « Gérard Leretour, publiciste, 26, rue de la Cerisaie, Suresnes (Seine), téléphone : Longchamp 15-54. L’auteur nous apprend, en prologue, que ce livre, refusé par tous les éditeurs et les diffuseurs a été écrit « uniquement pour la propagande en faveur de l’objection de conscience… Nous demandons à tous les camarades d’en faire la plus ample diffusion. » 

C’est aussi notre souhait car Gérard Leretour raconte dans ce livre ses grèves de la faim à répétition dans les terribles prisons militaires françaises pour faire reconnaître son droit au refus de porter les armes. Il décrit les humiliations, les sévices que lui font subir les militaires français. Il parle de sa fuite en Belgique, où il est aidé par Hem Day et Léo Campion. Il retrouve dans ce refuge belge nombre de réfractaires français. Il annonce  sa décision de rentrer en France malgré le danger et de se constituer prisonnier pour défier une nouvelle fois les autorités militaires. Ceci l’oblige à faire une très douloureuse grève de la faim de seize jours avant d’obtenir une dispense de ses obligations militaires.

Son succès est dû à un courage exceptionnel et aussi au soutien de la presse engagée. À l’époque des journalistes n’hésitaient pas à prendre des positions très audacieuses face à l’armée. Gérard Leretour cite intégralement l’article de G. de La Fourchardière, paru dans LŒuvre du 11 janvier 1933 et l’article de Chatelain-Tailhade paru dans Le Canard Enchaîné du 18 janvier 1933. Il note aussi le soutien de Robert Jospin dans « un meeting inoubliable pour l’amnistie, à la salle Wagram » et l’action efficace de son avocat Gaston Chazette.

Objecteurs

Né de parents ouvriers, obligé, dès l’âge de 12 ans, de gagner sa vie, Gérard Leretour explique pourquoi, à 17 ans il décide de refuser le service militaire. Devenu Président de la Ligue des Objecteurs de conscience en 1933, il écrit : « C’est l’objection de conscience qui imposera la suppression de la conscription obligatoire. »

Il faudra malheureusement attendre 1963 pour que le statut des objecteurs de conscience soit accepté en France après la grève de la faim de Louis Lecoin, pendant plusieurs dizaines de jours, à 74 ans. 

J’apprends à la lecture de l’article du dictionnaire Maitron qui lui est consacré que Gérard Leretour est mort le 29 août 1990, au Chili, où il s’était exilé en 1939 pour échapper à la mobilisation.

Cet antimilitariste qui s’est affronté seul face à la puissance militaire de la France mérite d’être mieux connu.

Au moment où des jeunes gens naïfs s’engagent de façon inconsciente dans l’aventure militaire, cette lecture est nécessaire pour leur apprendre dans quel monde ils vont se perdre. Le livre de Gérard Leretour est aujourd’hui difficile à trouver. Il faudrait qu’il soit réédité.

 
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Commentaires
C
Vous devez être ravi de savoir qu'il est réédité et que France culture met cet homme à l'honneur sur France Culure ce jour. J'ai été très intéressée par le parcours courageux de ce combattant de l'objection de conscience que je ne connaissais pas. J'ai atterri sur votre blog en recherchant son livre. Merci pour votre partage. CF
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