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12 novembre 2014

QUELLE CONNERIE LA GUERRE 7

Le 11 novembre est l'occasion d'entendre et de voir à la télévision les pires idioties sur la guerre.

Pas un mot, pas une image, par contre sur les hommages rendus aux fusillés de 14-18 devant les monuments aux morts pacifistes.

La Libre Pensée juge le chef de guerre français qui dépense des milliards pour des interventions inutiles et un lettré se souvient d'un tract que Jacques Thibaud, le personnage de Roger Martin du Gard, voulait lancer sur les lignes en août 1914.

La Libre Pensée

Un discours honteux

 A Notre-Dame-de-Lorette, le Président de la République a rendu un hommage « aux soldats de toutes religions ». Mais les poilus, fort nombreux, qui étaient libres penseurs et/ou athées, ils n’existaient pas ? Ils n’ont pas droit aussi à un hommage ? Sous-citoyens et sous-soldats ? Leur sang était-il moins français que celui des « bons catholiques » ? Son rappel de la laïcité prend alors une drôle de résonnance.

 François Hollande a inscrit aussi ses pas dans ceux de Nicolas Sarkozy en fusionnant toutes les guerres de 1914-1918, 1939-1945,  d’Indochine, de Corée, d’Algérie et les opérations extérieures qui rappellent le temps de la Coloniale et de l’Empire. Seraient-elles toutes égales entre elles ? Visiblement, la continuité avec Sarkozy, c’est maintenant…

 Pourtant, il n’a pu taire la question des Fusillés de 1914-1918, notamment du fait de l’action persistante et croissante de la Libre Pensée. Ainsi a-t-il dit : « Les fusillés pour l’exemple fléchirent d’une faiblesse trop humaine ». Mais s’ils « fléchirent », c’est donc qu’ils étaient  coupables un peu quand même, puisqu’ils ne sont pas restés « droits ».

 Félix Baudy et ses 3 camarades – réhabilités  en 1934 – furent désignés comme « meneurs ». Avaient-ils la « faiblesse humaine » d’être des syndicalistes de la vieille CGT ?

 Tous les innocents, Fusillés pour l’exemple, étaient-ils des faibles humains ou étaient-ils des êtres humains refusant de mourir pour rien ? Leur « faiblesse humaine » était-elle l’amour de la vie ? Est-ce une « faiblesse » que de  refuser de tuer son semblable et d’obéir à des ordres imbéciles de brutes galonnées pour qui la vie, des autres, n’est rien. Pour ceux-là, la vie des subalternes ne vaut rien, mais pour nous, rien ne vaut la vie.

 « Le casque aussi bien que la Calotte amoindrit le cerveau »

Victor Hugo

 Roger Martin du Gard sur Médiapart:

Le tract pacifiste du centenaire

11 NOVEMBRE 2014 

 

Pour couper court à cette médiocre bienpensance commémorative, pour éviter tout relent putride de nationalismes et aussi pour faire chorus avec l'excellent article d'Antoine Perraud intitulé "Le 11 novembre comme une métaphore d'un pouvoir fourbu", voici deux extraits du tract que Jacques Thibault* avait l'intention de jeter sur la ligne de front des belligérants avec un petit avion, en août 1914.

"Français ou Allemands, vous êtes des dupes ! Cette guerre, on vous l'a présentée dans les deux camps, non seulement comme une guerre défensive, mais comme une lutte pour le Droit des Peuples, la Justice, la Liberté. Pourquoi ? Parce qu'on savait bien que pas un ouvrier, pas un paysan d'Allemagne, pas un ouvrier, pas un paysans de France, n'aurait donné son sang pour une guerre offensive, pour une conquête de territoires et de marchés !

On vous a fait croire, à tous, que vous alliez vous battre pour écraser l'impérialisme militaire du voisin. Comme si tous les militarismes ne se valaient pas ! Comme si le nationalisme belliqueux n'avait pas eu, ces dernières années, autant de partisans en France qu'en Allemagne ! Comme si, depuis des années, les impérialismes de vos deux gouvernements n'avaient pas couru les mêmes risques de guerre !...Vous êtes des dupes ! On vous fait croire, à tous, que vous alliez défendre votre patrie contre l'invasion criminelle d'un agresseur...

Qu'a-t-on fait de votre liberté ? de votre conscience ? de votre dignité d'hommes ? Qu'a-t-on fait du bonheur de vos foyers ? Qu'a-t-on fait de l'unique trésor qu'un homme du peuple ait à défendre : sa vie ? ...Attendrez-vous, sous les obus, dans les pires souffrances physiques et morales, cette paix lointaine - et que vous ne connaîtrez jamais, vous les premiers immolés de la guerre ?...Ne dites pas qu'il est trop tard, et que vous n'avez plus qu'à vous résigner à la servitude et à la mort !...

L'instant est venu, au contraire, de secouer le joug ! Cette liberté, cette sécurité, cette joie de vivre, tout ce bonheur qui vous a été ravi, il ne tient qu'à vous de le reconquérir ! Vous avez un moyen, un moyen infaillible, de mettre vos états-majors dans l'impossibilité de poursuivre un jour de plus cette tuerie fratricide. C'est de refuser de combattre ! C'est de saper brutalement leur autorité par une révolte collective." 

Malheureusement, le petit avion où avait pris place Jacques Thibault sera abattu et les paquets de tracts se consumeront dans l'incendie de l'aéronef...La folie des hommes pourra se donner libre cours, pour le plus grand profit des marchands d'armes et des oligarchies financières antagonistes qui avaient profité de l'assassinat d'un archiduc pour régler leurs comptes** en donnant le feu vert au militarisme prussien, fer de lance de l'impérialisme économique allemand.

Cela étant, je ne saurais vivre ce 11 novembre 2014 sans avoir une pensée trés affectueuse pour mes deux grands-pères : Albert Guerrier, fantassin au Chemin des Dames, et Jean Chérasse, artilleur à Verdun.

On ne célèbre pas le centenaire de cette infâme boucherie. On la dénonce !

* héros de l'extraordinaire roman-fleuve de Roger Martin du Gard "Les Thibault"

** la concurrence (puis le choc) de la toute puissance commerciale britannique avec le capitalisme germanique exacerbé par le développement industriel de la Rhur

 

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