ROMAIN ROLLAND
En relisant la collection de la revue italienne LA SONDA, à laquelle j'ai collaboré - il y a longtemps!- je retrouve un court article sur Romain Rolland, publié dans le numéro de février 1966.
J'ai relu depuis plusieurs textes pacifistes de Romain Rolland et j'ai été content de trouver sur le site " Dormira jamais" les lignes suivantes:
"Les peuples, qui se sacrifient, meurent pour des idées. Mais ceux qui les sacrifient vivent pour des intérêts. Et ce sont, par conséquent, les intérêts qui survivent aux idées. Toute guerre qui se prolonge, même la plus idéaliste à son point de départ, s’affirme de plus en plus une guerre d’affaires, une «guerre pour de l’argent», comme écrivait Flaubert.—Encore une fois, nous ne disons pas qu’on fasse la guerre pour de l’argent. Mais quand la guerre est là, on s’y installe, et on trait ses pis. Le sang coule, l’argent coule, et on n’est pas pressé de faire tarir le flot. Quelques milliers de privilégiés, de toute caste, de toute race, grands seigneurs, parvenus, Junkers, métallurgistes, trusts de spéculateurs, fournisseurs des armées, autocrates de la finance et des grandes industries, rois sans titre et sans responsabilité, cachés dans la coulisse, entourés et sucés d’une nuée de parasites, savent, pour leurs sordides profits, jouer de tous les bons et de tous les mauvais instincts de l’humanité,—de son ambition et de son orgueil, de ses rancunes et de ses haines, de ses idéologies carnassières, comme de ses dévouements, de sa soif de sacrifice, de son héroïsme avide de répandre son sang, de sa richesse intarissable de foi!…
2 novembre, Jour des Morts, 1916.
Texte publié dans la revue: Demain, Genève, Ière année. Novembre-Décembre 1916. N°11-12.
Ces phrases ont gardé toute leur actualité si l'on a le courage d'examiner toutes les guerres qui se déroulent, encore aujourd'hui, sur notre planète.
Romain Rolland, qui connaissait bien Tagore, le cite:
«La civilisation d’Europe est une machine à broyer, a dit en juin dernier, à l’Université impériale de Tokio, le grand Hindou Rabindranath Tagore(4). Elle consume les peuples qu’elle envahit, elle extermine ou anéantit les races qui gênent sa marche conquérante. C’est une civilisation de cannibales; elle opprime les faibles et s’enrichit à leurs dépens. Elle sème partout les jalousies et les haines, elle fait le vide devant elle. C’est une civilisation scientifique et non humaine. Sa puissance lui vient de ce qu’elle concentre toutes ses forces vers l’unique but de s’enrichir… Sous le nom de patriotisme elle manque à la parole donnée, elle tend sans honte ses filets, tissus de mensonges, elle dresse de gigantesques et monstrueuses idoles dans les temples élevés au Gain, le dieu qu’elle adore. Nous prophétisons sans aucune hésitation que cela ne durera pas toujours…»
Hélas! cela dure encore aujourd'hui!
Pour toutes celles et tous ceux qui s'intéressent à l'oeuvre de Romain Rolland il faut signaler l'Association Romain Rolland, très active. Elle prépare une rencontre très intéressante pour 2014.
Centenaire d’Au-dessus de la mêlée de Romain Rolland
Journée d’étude organisée par l’Association Romain Rolland
sous le Haut Patronage de M. François Weil, Recteur des Universités de Paris et en partenariat avec
l’Institut Universitaire de France et le Centre d’Histoire « Espaces et cultures » de l’Université Blaise Pascal de Clermont Ferrand.
Sorbonne
17 octobre 2014
Publié les 22-23 septembre 1914 dans les colonnes du Journal de Genève, « Au- dessus de la mêlée » compte parmi les plus spectaculaires manifestes de l’histoire des intellectuels européens.
Le texte, jeté dans l’arène au moment où le patriotisme atteignait son paroxysme, fit de Romain Rolland, non pas seulement, un pôle de répulsion, « l’icône bien trouvée du défaitisme » (Roland Roudil), il lui conféra également une autorité morale telle qu’il fut considéré dès lors, comme un point de ralliement privilégié pour les forces opposées aux contraintes mentales nées des cultures de guerre. « Au-dessus de la mêlée » se présentait d’abord comme un appel à la jeunesse européenne à entrer en résistance contre toutes les formes d’impérialisme, « la pieuvre qui suce le meilleur sang de l’Europe. » La deuxième partie de l’article prolongeait les propos que Rolland avait tenus quelques jours plus tôt dans ses échanges avec Gerhart Hauptmann au sujet des évènements survenus en Belgique. Réclamant la formation d’une « Haute Cour morale » capable de statuer « sur toutes les violations faites au droit des gens », l’écrivain y dénonçait les campagnes de dénégation auxquelles se livraient les nations en guerre ainsi que le dévoiement de la cléricature eu- ropéenne, celle-là même dont il attendait qu’elle fît preuve de discernement et de hauteur de vue : « même la guerre déchaînée, c’est un crime pour l’élite d’y compromettre l’inté- grité de sa pensée », écrivait-il à la fin de son plaidoyer, dans un style sans concession, sa- turé de colère et d’émotion.
D’abord censuré en France, le texte de Rolland put néanmoins circuler sous le manteau grâce à l’entremise de Gaston Thiesson, Charles Vildrac ou bien encore d’Amédée Dunois. L’année suivante, il fut repris dans une brochure avec le titre d’un des articles parus dans le Journal de Genève, qui parvint à passer la censure et parut chez Ollendorff (Paris) et Attinger frères (Neuchâtel). L’article connut également une immense notoriété à l’étranger. Traduit en différentes langues dès l’automne 1914, il contribua largement à faire de Ro- main Rolland (alors qu’il n’avait aucunement cherché à le devenir) « la tête de pont de la Dissidence » (Christophe Prochasson).
Le centenaire de sa publication sera l’occasion de redécouvrir la singularité d’un « texte carrefour » souvent cité pour les controverses ulcérées qu’il déclencha, rarement envisagé pour la « dynamique » pacifiste qu’il généra tant dans le microcosme suisse que dans le reste de l’Europe. La réflexion devra s’attacher « à ouvrir grand les fenêtres, à voir et penser large » pour mieux faire apparaître des connexions longtemps passées inaperçues et rétablir une histoire à même de contribuer au renouvellement de l’histoire du pacifisme européen et, par ricochet, à celle de la Grande Guerre. Une attention par- ticulière devra être également apportée à la réception ainsi qu’à la diffusion du texte de Romain Rolland dans le temps et dans l’espace. Là encore, le comité scientifique sera particulièrement sensible à des perspectives jusqu’alors négligées par la recherche.
Les propositions de communication (1000 caractères, espaces compris) s’accompa- gneront d’un CV. Elles devront être envoyées avant le 15 octobre 2013 à l’adresse sui- vante : landry.charrier@univ-bpclermont.fr.
Un ouvrage collectif reprenant les communications présentées lors de la journée sera publié – après avis du comité scientifique – courant 2015. Des travaux externes à la jour- née du 17 octobre 2014 s’y ajouteront. Les collègues souhaitant contribuer à l’ouvrage sont priés de nous faire parvenir une proposition de contribution avant le 15 octobre 2013.
La langue de travail sera le français. La manifestation aura lieu à la Sorbonne (am- phithéâtre Louis Liard).
*Membres du comité scientifique :
Nicolas Beaupré, Landry Charrier, Michel Margairaz, Jean-Pierre Meylan, Christophe Prochasson, Roland Roudil.
Président d’honneur : Bernard Duchatelet
*Conférence inaugurale :
Bernard Duchatelet : « Jean-Christophe, germination d’Au-dessus de la mêlée »
*Partenaires de la manifestation (au 23 juin 2013) :
- Institut Universitaire de France ; Centre d’Histoire « Espaces et cultures » (Clermont Université, Université Blaise Pascal, EA 1001)
Et pour finir une photo de Romain Rolland:
L'écrivain français Romain Rolland en compagnie du Mahatma Gandhi, à Villeneuve (Suisse), en décembre 1931. Ph. R. chlemmen - Coll. Archives Larbor. Dans son journal du 3 août 1914, Romain Rolland avait écrit: « Je suis accablé. Je voudrais être mort. Il est horrible de vivre au milieu de cette humanité démente et d’assister, impuissant, à la faillite de la civilisation. Cette guerre européenne est la plus grande catastrophe de l'histoire depuis des siècles, la ruine de nos espoirs les plus sains en la fraternité humaine. »

