19 août 2013
EGYPTE 3
Le chef militaire égytien a pris la parole à la télévision pour dire que l'armée continuera la répression du peuple dissident.
Les Etats Unis, les Etats européens et les Etats arabes fournisseurs d'armes ne bougent pas beaucoup pour ne pas perdre un marché lucratif.
Des civils risquent encore d'en payer le prix.
Voici un entretien fait par Arte auprès d'une responsable d'Amnesty International.
"Le climat de haine est grandissant avec un risque évident de radicalisation."
Hassiba Hadj Saharoui est directrice adjointe (région Maghreb et Moyen-Orient) à Amnesty International. Nous l'avons interviewée sur les derniers événements qui secouent l'Egypte.
Sophie Rosenzweig, ARTE journal : Aujourd'hui les Frères musulmans ont appelé à faire une nouvelle manifestation. Qu'en est-il, avez vous des
informations sur place ?
Hassiba Hadj Saharoui, Amnesty Intenrational : Nous n'avons pas encore évalué l'étendue de l'ampleur du désastre de mercredi et des jours suivants, et ces appels à de nouvelles manifestations nous font craindre le pire. Les forces de sécurité et l'armée semblent déterminées à en découdre avec les Frères musulmans et les supporters de Morsi et cela par tous les moyens, quitte à utiliser la force de façon excessive, de façon arbitraire ou complètement disproportionnée. Et de l'autre côté on a aussi les supporters de Morsi qui se radicalisent. Au départ les manifestations étaient dans l'ensemble pacifiques même si Amnesty International a documenté des cas d'exactions par les supporters de Morsi, y compris des cas de tortures. Cette radicalisation s'est intensifiée avec des factions qui sont armées. Hier dans les rues du Caire, vous aviez d'une part les supporters de Morsi dont certains étaient armés, vous aviez d'autre part les forces de sécurité y compris l'armée, mais aussi maintenant les anti-Morsi qui sont aussi armés ; donc on est vraiment dans une situation explosive.
Le risque de guerre civile est-il là ?
Hassiba Hadj Saharoui : J'espère que non, cela serait le pire scénario. Ce qui nous inquiètre le plus c'est d'une part l'extrême polarisation qui existe dans le pays en dépit des déclarations d'hier du porte-parole de la Présidence qui affirme que l'Egypte est un pays unifié. J'ai rarement vu un degré de polarisation aussi élevé avec vraiment la volonté d'en découdre. Et au milieu de tout ça vous avez malheureusement la minorité copte qui semble être complètement prise en otage entre ces différentes factions, qui subit des attaques contre ses maisons, ses églises, ses commerces. d'autant que les forces de sécurité ne les protège pas du tout. Bien évidemment les exactions contre les coptes ne sont pas nouvelles, elles ont existé sous Moubarak, elles ont existé lorsque l'armée était au pouvoir après la chute de Moubarak, elles ont continué sous Morsi, mais là elles ont atteint un niveau qui est extrêment inquiétant.

Une des premières raisons qui a poussé les Frères musulmans et supporters de Morsi à manifester, c'est aussi le fait que Morsi est détenu, on ne sait pas très bien où, on ne sait pas très bien sur la base de quelles charges... Donc un des appels d'Amnesty International était de libérer Morsi ou de l'incriminer avec des charges qui sont claires, reconnues en droit international, et de le juger éventuellement. Mais on ne peut pas avoir cette espèce de situation où l'on cherche à éliminer les Frères musulmans, avec hier un discours sur l'interdiction de la confrérie. Si c'est ce que veut le gouvernement, il n'a qu'à poser une interdiction formelle. Elle permettrait d'arrêter tous les membres des Frères musulmans pour appartenance à une organisation illégale. Les statistiques qu'on a obtenu aujourd'hui et que nous sommes en train de vérifier annoncent l'arrestation de 3500 Frères musulmans depuis le début des événements et là, avec l'état d'urgence qui a été rétabli, on craint le pire, notamment le retour à la torture. On est dans une situation où l'Etat policier est revenu avec toute sa force en Egypte. D'un autre côté les leaders des Frères musulmans et les supporters de Morsi doivent être très clairs sur un certain nombre de choses -la violence n'est pas acceptable, elle doit être sanctionnée. Les Frères musulmans ne sont pas au-dessus de la loi, il doit être clair pour les Frères musulmans que les attaques contre les coptes sont inacceptables. Il va bien falloir se mettre à la table des négociations et discuter à un moment, on ne peut pas continuer à en découdre. Finalement ceux qui paient le prix ce sont les Egyptiens dans leur ensemble.
Lundi les européens se réunissent à Bruxelles, ont-ils un poids quelconque ?
Hassiba Hadj Saharoui : La situation est complexe pour la communauté internationale, il n'y a pas nécessairement de solution facile. La société égyptienne est polarisée, il y a ces grandes théories du complot en Egypte. Une partie de la population est convaincue que cela fait partie d'un complot de l'occident, l'influence des Etats-Unis est complètement décriée, il y a aussi toute une série d'éléments régionaux qui va jouer. Le Qatar soutenait les Frères musulmans, maintenant l'Arabie Saoudite soutient l'armée et le gouvernement. Quel pourrait être le poids de l'Union européenne ? Je pense que dans un premier temps il est essentiel qu'on soit très clair, que l'utilisation excessive de la force par les Forces de sécurité telle qu'on l'a vu est inacceptable et doit être condamnée. Dans quel pays voit-on près de 650 personnes - et le bilan n'est pas définitif- être tuées en une journée et la communauté internationale ne pas exprimer son indignation ? Donc je crois qu'il est important de signaler que les droits de l'Homme sont importants, qu'ils étaient un des moteurs de la révolution de 2011 et restent une demande très forte des Egyptiens. Maintenant si les occidentaux coupent les subsides ? La question reste entière. Aussitôt qu'il a été question de suspendre l'aide militaire que les Etats-Unis fournissent à l'Egypte et qui sont liés aux accords de Camp David et après que Barack Obama ait annulé un exercice militaire commun, la Russie s'est engouffrée dans la brèche, offrant son assistance aux autorités égyptiennes. Quant à l'Arabie Saoudite, elle a aussitôt proposé son aide, après l'éviction de Morsi. L'Arabie Saoudite et les Emirats Arabes Unis ont promis plus de 12 milliards de dollars, soit deux fois le montant que le FMI était prêt à mettre à diposition pour l'Egypte. Hier l'Arabie Saoudite s'est engagée à donner quelques milliards supplémentaires. Donc le pouvoir de l'Union européenne et le pouvoir des Etats-Unis restent limités. La situation en Egypte a été discutée au Conseil de Sécurité, je crois que c'est important de continuer à discuter de la situation dans les différentes instances internationales et peut être l'Union africaine a-t-elle un rôle à jouer dans cette situation, compte tenu du rejet de l'étranger...
Quelle est l'ambiance sur place aujourd'hui ?
Hassiba Hadj Saharoui : L'ambiance est terrible. Mes collègues d'Amnesty qui sont sur place essaient de recueillir des témoignages... D'abord, la situation sécuritaire s'est aggravée. Il ya de nombreux check-points. L'armée est déployée dans la rue. Vous avez d'une part les supporters de Morsi qui font des manifestations dans différents points de la capitale. Du coup vous avez des confrontations directes avec les pro et les anti-Morsi, des confrontations entre les pro-Morsi et les forces de sécurité. En fait c'est ce qui se passe dans n'importe quel pays où l'ordre public n'est plus maintenu, il y a un manque de sécurité évident. Beaucoup de familles qui veulent enterrer leur mort vont dans les morgues... Il y a encore des centaines de corps dans les morgues, qui sont complètement dépassées et qui n'ont plus le temps de faire des autopsies. Les médecins sont également dépassés. Les familles à cause de la chaleur demandent à récupérer les corps pour pouvoir les enterrer immédiatement. D'autre part il y a vraiment un climat de haine avec des positions très extrêmes. Le risque de radicalisation des uns et des autres est de plus en plus grand. Il est difficile dans ce contexte de voir les voix de la raison se soulever. Le mouvement qui est à l'origine des grandes manifestations demandant la démission de Morsi viendrait de lancer une nouvelle pétition demandant la cessation des relations avec les Etats-Unis. Donc cela vous donne une idée de l'absence de dialogue. Un dialogue qui pour l'instant semble impossible. Les Forces de sécurité doivent absolument arrêter les violences. Plus il y aura de morts, plus il sera difficile de se mettre à une table de négociation pour discuter.
informations sur place ?
Hassiba Hadj Saharoui, Amnesty Intenrational : Nous n'avons pas encore évalué l'étendue de l'ampleur du désastre de mercredi et des jours suivants, et ces appels à de nouvelles manifestations nous font craindre le pire. Les forces de sécurité et l'armée semblent déterminées à en découdre avec les Frères musulmans et les supporters de Morsi et cela par tous les moyens, quitte à utiliser la force de façon excessive, de façon arbitraire ou complètement disproportionnée. Et de l'autre côté on a aussi les supporters de Morsi qui se radicalisent. Au départ les manifestations étaient dans l'ensemble pacifiques même si Amnesty International a documenté des cas d'exactions par les supporters de Morsi, y compris des cas de tortures. Cette radicalisation s'est intensifiée avec des factions qui sont armées. Hier dans les rues du Caire, vous aviez d'une part les supporters de Morsi dont certains étaient armés, vous aviez d'autre part les forces de sécurité y compris l'armée, mais aussi maintenant les anti-Morsi qui sont aussi armés ; donc on est vraiment dans une situation explosive.
Le risque de guerre civile est-il là ?
Hassiba Hadj Saharoui : J'espère que non, cela serait le pire scénario. Ce qui nous inquiètre le plus c'est d'une part l'extrême polarisation qui existe dans le pays en dépit des déclarations d'hier du porte-parole de la Présidence qui affirme que l'Egypte est un pays unifié. J'ai rarement vu un degré de polarisation aussi élevé avec vraiment la volonté d'en découdre. Et au milieu de tout ça vous avez malheureusement la minorité copte qui semble être complètement prise en otage entre ces différentes factions, qui subit des attaques contre ses maisons, ses églises, ses commerces. d'autant que les forces de sécurité ne les protège pas du tout. Bien évidemment les exactions contre les coptes ne sont pas nouvelles, elles ont existé sous Moubarak, elles ont existé lorsque l'armée était au pouvoir après la chute de Moubarak, elles ont continué sous Morsi, mais là elles ont atteint un niveau qui est extrêment inquiétant.


Lundi les européens se réunissent à Bruxelles, ont-ils un poids quelconque ?
Hassiba Hadj Saharoui : La situation est complexe pour la communauté internationale, il n'y a pas nécessairement de solution facile. La société égyptienne est polarisée, il y a ces grandes théories du complot en Egypte. Une partie de la population est convaincue que cela fait partie d'un complot de l'occident, l'influence des Etats-Unis est complètement décriée, il y a aussi toute une série d'éléments régionaux qui va jouer. Le Qatar soutenait les Frères musulmans, maintenant l'Arabie Saoudite soutient l'armée et le gouvernement. Quel pourrait être le poids de l'Union européenne ? Je pense que dans un premier temps il est essentiel qu'on soit très clair, que l'utilisation excessive de la force par les Forces de sécurité telle qu'on l'a vu est inacceptable et doit être condamnée. Dans quel pays voit-on près de 650 personnes - et le bilan n'est pas définitif- être tuées en une journée et la communauté internationale ne pas exprimer son indignation ? Donc je crois qu'il est important de signaler que les droits de l'Homme sont importants, qu'ils étaient un des moteurs de la révolution de 2011 et restent une demande très forte des Egyptiens. Maintenant si les occidentaux coupent les subsides ? La question reste entière. Aussitôt qu'il a été question de suspendre l'aide militaire que les Etats-Unis fournissent à l'Egypte et qui sont liés aux accords de Camp David et après que Barack Obama ait annulé un exercice militaire commun, la Russie s'est engouffrée dans la brèche, offrant son assistance aux autorités égyptiennes. Quant à l'Arabie Saoudite, elle a aussitôt proposé son aide, après l'éviction de Morsi. L'Arabie Saoudite et les Emirats Arabes Unis ont promis plus de 12 milliards de dollars, soit deux fois le montant que le FMI était prêt à mettre à diposition pour l'Egypte. Hier l'Arabie Saoudite s'est engagée à donner quelques milliards supplémentaires. Donc le pouvoir de l'Union européenne et le pouvoir des Etats-Unis restent limités. La situation en Egypte a été discutée au Conseil de Sécurité, je crois que c'est important de continuer à discuter de la situation dans les différentes instances internationales et peut être l'Union africaine a-t-elle un rôle à jouer dans cette situation, compte tenu du rejet de l'étranger...
Quelle est l'ambiance sur place aujourd'hui ?
Hassiba Hadj Saharoui : L'ambiance est terrible. Mes collègues d'Amnesty qui sont sur place essaient de recueillir des témoignages... D'abord, la situation sécuritaire s'est aggravée. Il ya de nombreux check-points. L'armée est déployée dans la rue. Vous avez d'une part les supporters de Morsi qui font des manifestations dans différents points de la capitale. Du coup vous avez des confrontations directes avec les pro et les anti-Morsi, des confrontations entre les pro-Morsi et les forces de sécurité. En fait c'est ce qui se passe dans n'importe quel pays où l'ordre public n'est plus maintenu, il y a un manque de sécurité évident. Beaucoup de familles qui veulent enterrer leur mort vont dans les morgues... Il y a encore des centaines de corps dans les morgues, qui sont complètement dépassées et qui n'ont plus le temps de faire des autopsies. Les médecins sont également dépassés. Les familles à cause de la chaleur demandent à récupérer les corps pour pouvoir les enterrer immédiatement. D'autre part il y a vraiment un climat de haine avec des positions très extrêmes. Le risque de radicalisation des uns et des autres est de plus en plus grand. Il est difficile dans ce contexte de voir les voix de la raison se soulever. Le mouvement qui est à l'origine des grandes manifestations demandant la démission de Morsi viendrait de lancer une nouvelle pétition demandant la cessation des relations avec les Etats-Unis. Donc cela vous donne une idée de l'absence de dialogue. Un dialogue qui pour l'instant semble impossible. Les Forces de sécurité doivent absolument arrêter les violences. Plus il y aura de morts, plus il sera difficile de se mettre à une table de négociation pour discuter.
Propos recueillis par Sophie Rosenzweig
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