La guerre pour l'uranium 14
Nous n'avons pas fini d'entendre parler de la guerre dite " du Mali", qui est en réalité une occupation militaire du Sahel africain pour contrôler les richesses du sous-sol.
Les députés français ont voté, presque à l'unanimité, la poursuite de la présence militaire dans cette partie de l'Afrique.
Et tous ceux qui ne sont pas d'accord, citoyens français ou citoyens maliens, sont condamnés au silence.
C'est déjà le cas d'Aminata Traoré, ancienne ministre malienne, à qui la France a refusé un visa, alors qu'elle devait se rendre en Allemagne pour un colloque.
Qui dirige le Mali aujourd'hui?
Mali : feu vert du Parlement pour le prolongement de l'opération militaire
Le Monde.fr avec AFP et Reuters | 22.04.2013 à 19h28 • Mis à jour le 23.04.2013 à 00h32
Le Parlement a autorisé lundi 22 avril le gouvernement à prolonger l'opération militaire française au Mali, que le premier ministre, Jean-Marc Ayrault, a qualifiée de "réussite" sur les plans politique et militaire. Les députés se sont prononcés par 342 en faveur de la prolongation de l'intervention française et zéro voix contre, seuls les élus du Front de gauche ayant choisi de s'abstenir. Dans la soirée, les sénateurs se sont également prononcés favorablement, par 326 voix pour et zéro contre.
Pour avoir critiqué l'intervention militaire au Mali
Aminata Traoré interdite de séjour en France
Par : Rubrique Radar
Une information au parfum de scandale. Invitée par une revue allemande pour participer à une conférence à Berlin sur la question de l'intervention des forces armées françaises au Mali, l'écrivaine et ancienne ministre malienne, Aminata Traoré, vient de se voir refuser l'octroi par la France d'un visa d'entrée dans l'espace Schengen.
C'est officiel depuis avant-hier mais l'information transpirait depuis dimanche dernier.
Aminata Traoré, écrivain, ancienne ministre du Mali, féministe et altermondialiste renommée a été interdite de visa pour l'espaceSchengen et, de fait, pour la France. Il en est de même pour le docteur Oumar Mariko.
Aminata Traoré était venue en septembre 2012 dans le Mâconnais pour une série de conférence sur Mâcon à l'invitation d'ATTAC pour la fête alter-mondialiste où le député de la circonscription de Mâcon, Thomas Thévenoud, était présent, de l'AIAPEC pour une soirée débat, et avait étendu ses interventions sur Chalon-sur-Saône à l'invitation du Parti Socialiste de Saône-et-Loire, puis sur Lyon et Dijon.
Dernièrement invitée en Allemagne, elle vient de se voir refuser son visa d'entrée dans l'espace Shengen sous le prétexte, incongru, que son analyse de la situation au Mali ne serait pas en accord, au diapason avec le gouvernement français, alors que la France est en intervention militaire au Mali…
Intervenante au dernier Forum Social Mondial de Tunis en mars dernier elle déclarait :
"On a bafoué au Mali les droits économiques, politiques et sociaux. (…) J’aurais mille fois applaudi à l’intervention de la France, si elle s’était souciée en amont de la prolifération des armes au Nord Mali", arsenal issu de l’opération militaire en Libye décidée par l'ex-président Sarkozy.
Ainsi découvrirait-on alors le délit d'opinion politique à la française d'aujourd'hui, délit qui refuserait l'expression même d'une Malienne au sujet de la situation dans son propre pays !
A part Médiapart et L'Humanité, pas un média français ne reprend cette information ... comme si une recommandation de silence avait été donnée ...
Il va sans dire que cette information, si elle est vraiment fondée et non démentie dans les prochains jours, devrait développer des commentaires et des analyses au niveau national et européen, à moins qu'une intervention de l'état français demande aux médias d'être ... discrets ...
Lire aussi l'article de rewmi.com
Michel Pelletier
Aminata Traoré et Oumar Mariko, deux leaders maliens interdits de séjour en Europe
Par Mediapart - Date: 17 Avril 2013
Qu'est-ce qu'une démocratie universelle qui se complaît dans des pratiques de mille droits, mille poids et mille mesures dans le droit à l'expression ? Deux leaders africains interdits d'expression en Europe. La France entraverait donc souverainement la liberté de circulation pour qui osent exprimer un point de vue non aligné sur sa position officielle.La domination impérialo-coloniale pèse toujours et encore dans les rapports Nord/Sud et plus encore dans le monde de la Francophonie.
Deux personnalités maliennes d'envergure africaine, voire au-delà, invitées, à une conférence organisée à Berlin, par la Fondation Rosa Luxemburg, le Journal Allemand de Gauche PROKLA et l'Association ''AfricAvenir. Cette rencontre devait traiter de la thèmatique : "Le Mali à la croisée des chemins: Après l'intervention militaire et avant les élections" Il s'agit d'une part d'Aminata Traoré l'une des très rares femmes africaines politiques francophones. Une grande dame africaine connue et reconnue comme leader d'opinion, largement appréciée pour ses idées progressistes etdont la voix porte au Mali et hors du Mali.
Il s'agit d'autre part du Secrétaire général du parti politique malien anti-impérialiste ''Solidarité Africaine pour la Démocratie et l'Indépendance'' (SADI), Monsieur Oumar Mariko.
Ces deux personnalités, invitées officiellement pour participer aux travaux de la Conférence, se sont vues refuser par les services consulaires français de Bamako une demande de visa pour participer aux débats d'information en Europe, sur la situation socio-politique du Mali.
Pour Aminata Traoré, il s'agissait de poursuivre, après ses toutes récentes interventions au Forum social mondial (FSM), ses combats pacifiques militants contre l'intervention des forces armées françaises dans son pays et contre les recommandations faites aux pouvoirs maliens d'entreprendre des élections dès juillet, dans un contexte non encore apaisé, d'insécurité et de crise entre les populations du Nord et du Sud du pays. De son côté, le Dr. Oumar Mariko devait intervenir au Parlement Européen à Bruxelles sur la crise au Mali.
Il semblerait que les raisons avancées par les services du consulat de France à Bamako auraient été fondées par les prises de position des deux leaders maliens inscrits sur une "liste informelle de personnes interdites de voyage en France pour leur soutien présumé au Capitaine Sanogo", le tombeur de Amani Toumani Touré.
De leur côté, les autorités allemandes et la Fondation Rosa-Luxemburg auraient conseillé dans l'urgence à Aminata Traoré et à Oumar Mariko de passer par le Consulat d'Allemagne à Bamako qui a accordé un sauf conduit, en lieu et place du visa demandé, pour un déplacement encadré pour Aminata Traoré. Il a refusé tout document à Oumar Mariko, le considérant comme "présentant un danger pour l'ordre public , la sécurité nationale , la santé publique ou pour les relations internationales avec un ou plusieurs Etats membres [de l'UE] et ne peut convaincre de sa disponibilité à quitter l'espace européen avant l'expiration de son visa". Monsieur Oumar Mariko n'aurait pas été surpris de ce refus, lui qui aurait été dernièrement débarqué d'un vol en partance pour les USA, lors d'une escale à Paris et renvoyé sur Bamako, par la police française.
Les médias français, pas plus que les mouvements associatifs altermondialistes ou pro-décolonisation réelle du Continent africain, ne semblent pas spécialement émus par les de telles pratiques néo-coloniales coutumières qu'on nous promettait révolues, des pratiques qui s'inscrivent en droite ligne dans la vision .d'une françafrique éternell, soutenue par beaucoup de pays de l'Union européenne, spécialement ceux relevant de l'espace Schengen.
Par Djilali BENAMRANE
Source: Mediapart
Au Mali, "une justice toujours absente"
Le Monde | 22.04.2013 à 08h45 • Mis à jour le 22.04.2013 à 09h22
Jean-Marie Fardeau, directeur France Human Rights Watch
Voilà plus de trois mois que des groupes djihadistes ont mené une offensive vers Sévaré et Mopti. La France et le Mali, soutenus par des bataillons d'Afrique de l'Ouest, ont immédiatement riposté. Je me suis rendu sur place pour dresser un premier bilan de cette guerre en matière de respect des droits humains et j'ai pu constater que, dans ce domaine, la situation est loin d'être stabilisée.
Depuis la contre-offensive vers le nord, un no man's land s'est créé en matière d'Etat de droit et de protection des civils, entre le sud du Mali, où sont déployées les forces ouest-africaines, et le nord-est du pays où les armées françaises et tchadiennes ont pourchassé les groupes djihadistes. Dans les régions reconquises, l'armée malienne occupe d'immenses espaces dont elle avait perdu le contrôle début 2012.
Les forces de police et de gendarmerie sont, elles, encore peu présentes, sauf dans les villes de Tombouctou, Gao ou Douentza. La justice est absente : le procureur de la République le plus au nord du pays ne se trouve qu'à Mopti. Dans toutes les petites villes, villages et campements, notamment le long du fleuve Niger, les forces censées garantir l'Etat de droit sont absentes et des éléments indisciplinés et violents de l'armée malienne se sont déjà livrés à de graves exactions.
Un premier bilan est déjà très préoccupant : une vingtaine d'exécutions extrajudiciaires et à peu près le même nombre de disparus (pour ne parler que de celles qui sont confirmées), une trentaine d'arrestations arbitraires, plusieurs cas avérés d'actes de torture et de mauvais traitements par des militaires sur des prisonniers.
Des esprits "réalistes" diront sans doute que les proportions de ces exactions restent limitées. Et, de fait, nous n'avons pas conclu à des violations systématiques ou planifiées par la hiérarchie. Sans doute le travail d'organisations comme la nôtre a-t-il contribué à faire connaître très rapidement la gravité des exactions commises.
Des messages clairs des autorités maliennes et de leurs partenaires internationaux, dont la France, ont probablement permis d'éviter des dérapages plus importants.
Pour la première fois dans l'histoire du pays, six militaires, dont un capitaine, sont visés par une enquête à la suite de la disparition de cinq civils à Tombouctou. Ils ont été rappelés à Bamako. Ils devraient ainsi être les premiers à passer devant le tribunal militaire du Mali, qui existe sur le papier mais n'a jamais siégé !
Pour encourager ces progrès, la gendarmerie doit être fortement appuyée sans quoi elle ne pourra tenir tête à des éléments de l'armée mieux équipés et habitués à sévir en toute impunité. Toutes les exactions commises par des membres de l'armée malienne doivent rapidement faire l'objet d'enquêtes.
Les défis à relever en matière de droits humains sont considérables. Qu'il s'agisse de la formation de l'armée malienne au droit de la guerre (une dimension présente dans le programme de formation que l'Union européenne a commencé à dispenser à quatre bataillons de l'armée de terre), ou de la lutte contre la corruption (qui a pesé lourd dans l'origine de la crise et prive le pays des ressources nécessaires au respect des droits sociaux), ou encore de la mise en place d'un processus "vérité, justice et réconciliation", le Mali a du chemin à faire pour que le cycle rébellion-répression-impunité soit enfin brisé.
Une Commission dialogue et réconciliation a récemment été créée par décret mais son mandat est trop large et son mode de désignation "par le haut" risque de la priver du soutien dont elle aurait besoin. Le Mali ne devrait pas faire l'économie d'une vraie Commission vérité et réconciliation, formée de personnes respectées, issues des différents secteurs de la société et qui s'inspirerait des exemples les plus aboutis, comme la Sierra Leone. Cette commission devra faire des recommandations à la société malienne pour que celle-ci s'attaque aux causes de la crise actuelle.
Le Mali dispose de ressources humaines et d'une histoire exceptionnelles. En 1991, des centaines de jeunes étudiants ont payé de leur vie leur désir de liberté et de démocratie après une trop longue dictature militaire. Ces dernières années, cette démocratie a été gangrenée par les trafics et la corruption, précipitant l'effondrement de l'armée, la perte de contrôle du nord du pays et une crise politique majeure.
Des rebelles touareg du MNLA puis des groupes djihadistes, AQMI, Mujao et Ansar Dine, ont profité de ce contexte pour tenter d'imposer leur agenda, certains de leurs membres se rendant coupables de crimes qui pourraient relever de la Cour pénale internationale.
Mais la possible victoire militaire à court terme sur les groupes djihadistes ne doit pas faire oublier que la crise malienne est bien plus profonde. Le respect des droits de chaque Malienne et de chaque Malien devrait être l'objectif central de la mise en place d'un véritable Etat de droit que ce peuple mérite amplement. La mission de "stabilisation" des Nations unies qui prendra la suite de l'intervention actuelle devra placer cet objectif en tête de ses priorités.