Jacques Gaillot refuse de marcher au pas

Gaillot manif

 Après avoir participé, le 24 mai 2019, avec l’Union pacifiste et une trentaine d’organisations, à la réunion de préparation du collectif « NON au SNU », Jacques Gaillot nous a envoyé son livre : « Lettre ouverte à ceux qui prêchent la guerre et la font faire aux autres », paru en 1991.

Gaillot

J’ai retrouvé, dans cet ouvrage, le pacifiste humaniste que j’ai souvent croisé lors des manifestations, où il marchait en tête avec Albert Jacquard et Théodore Monod.

Ce livre a été écrit en 1990, pendant la guerre du Golfe, quand l’Irak a envahi le Koweït. Les États-Unis forment alors une coalition de 35 États pour attaquer Saddam Hussein.

La lettre ouverte de Jacques Gaillot dénonce tous ceux qui croient que la guerre est une solution. Aujourd’hui âgé de 84 ans, il a compris très jeune que « la guerre est une calamité pour l’humanité. »

En 1957, Jacques Gaillot est envoyé en Algérie pour y faire son service militaire. « Ma découverte de l’armée ? C’est la découverte d’une bêtise qui marche au pas, qui fait des lits “au carré”, qui manie les armes, qui hurle des ordres… J’étais consterné. » Séminariste, il refuse de porter les armes. Il est affecté à des missions de « pacification » dans la région de Sétif. Il se rend compte de « la détresse » des Algériens et des horreurs de la guerre. Il note au sujet des soldats appelés : « J’ai vu tant de jeunes gens “ordinaires” plonger dans l’enfer de la guerre et ne plus pouvoir être les mêmes quand, dégrisés, sang-froid retrouvé, ils revenaient à la surface. Le déclic variait peu. Une patrouille qui tombe dans une embuscade, un copain abattu, la découverte de corps mutilés… Et c’est le “vernis” humain qui saute, l’engrenage de la vengeance, les représailles aveugles. Les villages incendiés, les maisons pillées, les femmes violées, les hommes torturés. Avec, souvent, cette fameuse “corvée de bois” dont les suspects ne reviennent jamais. »

Il ajoute : « Aujourd’hui je sais que c’est là que se situe le déclic, mon rejet absolu de toute violence, mon adhésion à toute forme de lutte pacifique. »

En 1983, Jacques Gaillot devient le célèbre « évêque contestataire » d’Évreux, quand il prend la défense de l’objecteur de conscience Michel Fache, qui jouissait du statut officiel et auquel le tribunal correctionnel d’Évreux avait infligé une très lourde peine d’emprisonnement. Pour beaucoup de gens « en défendant un “insoumis” je m’élevais contre la loi. Pis encore, je m’opposais à l’armée, et par extension  à la nation. »

Citant Gandhi, Martin Luther King, Jacques Pâris de Bollardière, Louis Lecoin, Jacques Gaillot rend hommage à ces hommes et montre la réussite de la résistance non-violente.

Sa lettre ouverte est un pamphlet contre tous les gens de pouvoir, religieux ou non. Il condamne les interventions militaires inutiles et la fabrication des armes. Au retour d’un voyage dans le Pacifique, où il s’est rendu pour soutenir la lutte des Tahitiens contre les essais nucléaires français, il devient aussi un propagandiste de la lutte antinucléaire.

En 1994, Jacques Gaillot, exclu de l’évêché d’Évreux par le Vatican, a vécu un an avec les sans-logis du DAL (Droit Au Logement), rue du Dragon, à Paris. Toujours prêt à s’engager pour défendre la dignité de l’homme, il s’oppose à tout ce qui peut être considéré comme une atteinte à l’intégrité de la personne.

Jacques Gaillot se retrouve donc tout naturellement à nos côtés pour refuser le SNU, qui soumet et militarise la jeunesse.

Nous conseillons aux pacifistes la lecture de son livre, afin d’apprécier le courage et la détermination d’un homme qui n’a jamais hésité à défendre tous les exclus tout en gardant son sens de l’humour.

Jacques Gaillot : « Lettre ouverte à ceux qui prêchent la guerre et la font faire aux autres », Albin Michel, 1991