Italie : le spectre du fascisme

 L'actuel gouvernement italien est qualifié de « monstrueux » par les habitants les plus cultivés de ce pays. On peut les comprendre !

Pendant la période mouvementée de la constitution du gouvernement nous étions accueillis par des amies italiennes, dans la région de Milan. L'inquiétude de nos hôtes, personnes intelligentes et bien informées, était manifeste. La télévision diffusait en continu, jour et nuit, les débats houleux entre les représentants de la Ligue, ceux du Mouvement 5 étoiles et les défenseurs de la constitution.

Le président de la République a le pouvoir, en Italie, de choisir les ministres. Les élus des mouvements populistes voulaient imposer ceux de leur choix, en bafouant la constitution.

En simplifiant on peut dire que la situation politique de l'Italie est la suivante : la Ligue, postfasciste, se trouve largement majoritaire dans les régions riches du Nord ; le Mouvement 5 étoiles, populiste, est bien implanté dans la partie sud du pays, moins développée.

Le représentant du Mouvement 5 étoiles, Luigi Di Maio, 31 ans, est un jeune loup tiré à quatre épingles.

Le chef de la Ligue, Matteo Salvini, 45 ans, est un dangereux leader d'extrême droite.

Le président de la République Sergio Mattarella, ancien juge de la Cour constitutionnelle, homme raisonnable, dont le frère a été assassiné par la mafia de Cosa Nostra, a récusé le ministre de l'économie anti-européen proposé par la coalition, mais a fini par accepter le premier gouvernement d'alliance entre un jeune mouvement populiste et un parti d'extrême droite.

Mes amies italiennes ont raison de s'inquiéter. Elles connaissent l'histoire de la période fasciste, qui a marqué la vie de leurs parents et de très nombreux Italiens obligés de fuir leur pays. Elles perçoivent les relents de nationalisme et de racisme qui menacent les étrangers. Les natifs des régions du Sud, qui avaient émigré en masse, notamment pendant la période fasciste, comprennent bien la situation des migrants qui arrivent sur leurs côtes. Mais le parti de la Ligue gagne du terrain dans le centre de l'Italie et le Mouvement 5 étoiles est d'accord pour chasser les étrangers.

Aucun pays européen n'est venu en aide à l'Italie pour la soulager de l'afflux des migrants. La France s'est empressée de fermer toutes ses frontières. Le président Macron, comme le rapporte le journal La Republica du 26 mai 2018, a été le premier président européen à « tendre la main » au gouvernement de Giuseppe Conte, avant même son investiture par le président de la République, pour le soutenir dans sa politique de sécurité et de chasse aux migrants.

J'ai pu constater un phénomène encore plus inquiétant : la présence sur la place ducale de la ville historique de Vigevano d'un kiosque de propagande du mouvement Casapoud, ouvertement fasciste. Les quelques mots que j'ai échangés avec les gaillards tatoués et vêtus de chemises noires, qui essayaient de me convaincre à leurs thèses négationnistes et xénophobes, m'ont permis de mesurer le danger que représentent ces milices apparemment acceptées par la population du Nord.

Nous avons pu photographier, à Monza, sur la vitre arrière d'une voiture immatriculée dans le Sud, une déclaration de défense des migrants : « Ici personne n'est étranger ».

staniero

 

Ces affichages publics montrent le degré de tension qui règne dans une population qui se divise. L'Italie reste un pays d'une richesse culturelle et artistique exceptionnelle. Elle a toutes les ressources et tous les atouts pour rendre ses habitants heureux. Les Italiens, malgré leur préoccupation pour l'avenir, gardent un sens de l'hospitalité et un humour remarquables.

Nous avons vu une exposition étonnante à Vigevano, la superbe ville idéale, conçue par Léonard de Vinci et réalisée par Donato Bramante. Des artistes contemporains ont revisité les œuvres de Léonard de Vinci avec beaucoup de talent.

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La cène de Leonard de Vinci, revisitée

Léonard

La Joconde revisitée

Espérons que le peuple italien, cultivé et inventif, réussira à échapper à la menace des néo-fascistes.