Méditerranée, la frontière qui tue

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ON ESTIME QUE quarante-cinq mille migrants se sont noyés en Méditerranée depuis l’an- née 2000. Est-il possible de rester insensible aux tragédies qui se déroulent sous nos yeux et à l’existence de cette frontière meurtrière ?

«Siete pazzi» (vous êtes fous), s’est exclamée Guisi Nicolini, maire de Lampedusa, quand elle a reçu Klaus Vogel qui venait lui exposer son projet de sauver des migrants de la noyade avec un grand bateau pour «remplacer» le Mare Nostrum. Mais elle a ajouté im- médiatement: «Ma sono con voi » (mais je suis avec vous) et elle a mis aussitôt Klaus Vogel en contact avec les personnes qui, depuis des mois, dans cette île italienne, font tous les efforts qu’ils peuvent pour accueillir dignement les migrants qui ont échappé à la mort.

Klaus Vogel, Allemand, conscient de l’histoire tragique de son pays au XXe siècle, capitaine de la marine marchande, respectueux de l’engagement des marins qui doivent, en toutes circonstances, porter secours aux personnes en détresse sur la mer, humaniste chevronné et même violoncelliste, raconte dans son livre Tous sont vivants le difficile parcours pour aboutir à la création de l’association européenne SOS Méditerranée et à la location du bateau Acquarius. C’est un récit passionnant, émouvant et haletant.

Depuis sa mise en service, en février 2016, l’équipage et les bénévoles de ce bateau ont sauvé, au cours d’une centaine d’opérations, 18000 personnes. Parmi ces milliers d’humains sortis de « l’enfer », l’auteur signale une note d’espoir : trois bébés sont nés à bord de l’Acquarius.

Mais la menace pèse toujours. En mai 2017, pendant que le G7 des riches se réunis- sait à Taormina, en Sicile, l’Acquarius, avec plusieurs centaines de blessés à bord, a été détourné sur le port de Saler- nes par la marine militaire qui assurait la sécurité des chefs d’État. Dernièrement, des partis d’extrême droite ont récolté de l’argent pour entreprendre des actions contre les sauvetages de l’Acquarius.

Amis pacifistes, lisez et faites lire Tous sont vivants, qui baigne dans une humanité exceptionnelle et aussi palpitante qu’un polar.

S’il est toujours très difficile de faire comprendre à nos gouvernants qu’il est criminel de faire la guerre aux migrants, il est possible, en attendant, de soutenir les victimes en sensibilisant la société civile et en aidant ceux qui luttent pour préserver des vies.

Daniel Pennac écrit sur la couverture du livre, conçue et impriméeà Saint-Amand-Mont- rond (ville natale de Louis Lecoin) : « Aidons SOS Méditerranée, ces sauveteurs sont l’honneur de l’Europe. »