CLAUDE ANGELI

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Le livre « Les plaisirs du journalisme » de Claude Angeli et Pierre-Edouard Deldique, a été publié chez Fayard. Il reprend les entretiens entre l’ancien rédacteur en chef du Canard et le journaliste de Radio France International diffusés  pendant l’été 2016.

Angeli Deldique

 

Photo: RFI

 J’ai écouté avec beaucoup d’intérêt ces entretiens radiophoniques.

Frédéric Pages écrit dans le Canard du 1er février 2017 en présentation du livre: «  C’est ce travail d’artisan ( le journalisme) qu’Angeli raconte sur un ton tranquille. Sans cesse sur le métier remettre son ouvrage… Comme disait l’Odyssée, un vrai travail de Pénélope ! » Et encore une référence à la dernière affaire révélée par le Canard: les salaires de Pénélope Fillon.

PAGE 9 Angeli, Horeau

Entré au Canard enchaîné en 1971, après avoir travaillé au Nouvel Observateur et à Politique Hebdo, Claude Angeli est rédacteur en chef jusqu’en 2012. Il continue sa collaboration au journal avec des articles sur la politique étrangère de la France.

Exemple:

Canard 13+20 juil

Dans les entretiens radiophoniques Claude Angeli raconte avec humour les coulisses de ses plus grandes enquêtes: les micros, les diamants de Bokassa, la Françafrique, le Carrefour du développement, les faux électeurs de Tibéri, les appartements de Juppé, le Rainbow Warrior de Greenpeace etc…

Le journaliste de RFI, radio très écoutée en Afrique, interroge Claude Angeli sur les affaires africaines de Bongo au Gabon, d’Hissan Abré au Tchad et aussi du Niger.

Claude Angeli raconte son premier contact avec l’Afrique quand il était journaliste au Nouvel Observateur et qu’il a été envoyé à Niamey dans les années 60, après la proclamation de l’Indépendance. Il remarque tout de suite en arrivant que Foccart , l’homme de l’ombre du général de Gaulle, avait placé des Corses, qui s’appelaient tous Colombani, pour surveiller le président Diori Hamani et occuper le poste de Haut Commissaire, ancien poste de gouverneur, Claude Angeli découvre alors la post-colonisation de la France qui veille sur ses intérêts et surtout sur l’uranium de l’Arlit.

Il se trouve que j’était aussi en poste à la Télévision Scolaire sur Niger à cette époque pour faire mon service militaire dans le civil.

2-Niger 1969

 

Après les évènements de mai 1968, le personnel français de la télévision était particulièrement surveillé. En décembre 1968, un représentant du ministère de la Coopération était venu « écouter » les coopérants qui faisaient des propositions progressistes pour améliorer les programmes de la télévision. Le lendemain de la réunion, une dizaine de coopérants étaient expulsés du Niger, la télévision interdite d’accès par les militaires et l’aéroport gardée par les services secrets français. C’est ainsi que j’ai aussi découvert la puissance des services de Foccart au Niger. Le directeur technique de la Télévision scolaire, Pierre Rambaud, avait décidé d’accompagner les expulsés pour plaider leur cause auprès du ministère. Il n’est jamais revenu à Niamey, pas plus que les autres d’ailleurs, mais il a été ensuite directeur de cabinet du ministre de la communication Georges Fillioux dans le gouvernement de Pierre Mauroy.

J’ai été content d’entendre Claude Angeli sur ce sujet de l’Afrique car c’est la première fois qu’il se livre avec autant de liberté sur son travail d’enquêteur. En effet, quand j’ai tourné le film «  Aux quatre coin-coins du Canard », en 1986 dans les locaux du Canard, Claude Angeli avait la réputation d’un journaliste difficile à interroger. Travaillant sur des sujets sensibles il ne souhaitait pas parler de ses méthodes d’enquête. C’était normal! Il me semblait que les autres journalistes le respectaient tout en le craignant un peu.

 

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 J’avais la même attitude envers lui. Je comprenais sa méfiance envers moi. Il me voyait en contact avec Roger Fressoz, le directeur et Gabriel Macé, le rédacteur en chef de l’époque. Il m’observait quand j’interrogeais des journalistes de la rédaction. D’autres journalistes avaient auparavant publié des renseignements plus ou moins faux sur des rédacteurs et des informateurs du Canard. Il avait raison de me sonder avant de répondre à quelques questions sur son métier.

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Il n’hésitait pas à évoquer quelques grandes affaires révélées par le Canard:

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 Comme il savait que j’avais rencontré Bokassa pour l’affaire des diamants de Giscard, il ne tenait pas à m’indiquer la source des révélations du Canard. Je ne posais d’ailleurs aucune question sur les sources des journalistes. Roger Fressoz, le directeur, m’avait déjà expliqué que les enquêtes étaient menées essentiellement par les journalistes du journal et que les sources étaient scrupuleusement protégées pour garantir la pérennité du journal. Je trouvais cette attitude très respectable et mon but n’était pas d’enquêter sur ce sujet mais plutôt de montrer la qualité du travail des journalistes du Canard et leurs personnalités.

Affiche Canard 1

 Quand le film «  Aux quatre coin-coins du Canard » a été projeté en avant première , le 19 janvier 1988, au Centre Pompidou, en présence de presque toute la rédaction du Canard et de nombreux amis du journal, un pot a été organisé sur la terrasse de Beaubourg. A cette époque le Centre avait les moyens de recevoir ses invités! Claude Angeli, qui avait assisté à toute la projection du film ( presque trois heures ) est venu me voir et m’a dit à peu près ceci: « La séquence sur l’affaire des diamants est intéressante. Je vais te dire qui avait donné des informations au Canard. » J'ai répondu: «Maintenant c’est top tard, le film est fini ».

Cette remarque m’a quand même touché. Elle prouvait que Claude Angeli me faisait maintenant confiance. En vérité le nom de l’informateur du Canard pour l’affaire des diamants, haut-fonctionnaire en poste à Bangui à l’époque, avait déjà été connu quand cette personne avait pris sa retraite. Mais Claude Angeli avait compris que je ne cherchais pas à « espionner » le Canard mais que j’avais seulement l’intention de raconter l’aventure de mon journal préféré à travers les personnalités et le travail de ses journalistes et de ses dessinateurs.

C'est une satisfaction pour moi d'avoir eu la chance de connaître un journaliste de la qualité de Claude Angeli.

Après la sortie de son livre, Claude Angeli est à nouveau interrogé sur TV5 monde. 

Claude ANGELI : "Les révélations du Canard Enchaîné sur Pénélope et François Fillon"

Revoir:

Aux quatre coin-coins du Canard Enchaîné

 

1987, 172 minutes, film 16 mm

 

http://bbernard.canalblog.com/archives/2013/01/05/26076045.html