Greenpeace, Paix et désarmement

 

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Sur le site de Greenpeace France se lit le slogan : « la paix est notre meilleure défense ». Sachant que cette association, qui regroupe en France 175 000 adhérents, peut représenter un puissant contre-pouvoir pour aider à faire avancer la cause pacifiste, Bernard Baissat a posé quelques questions à Jean-François Julliard, son directeur actuel, pour l’émission Si Vis Pacem (19 janvier 2017).

 

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UP. Pourquoi Greenpeace s'intéresse-t-elle aujourd'hui à la paix?

Jean-François Julliard. La volonté de travailler sur la préservation de la paix a toujours été présente chez Greenpeace, mais il s'agit de le faire aujourd'hui de manière plus ambitieuse, plus visible, plus publique aussi. Un cadre d'engagement stratégique à 10 ans a été adopté chez Greenpeace, dans lequel il est rappelé que nos deux grandes priorités sont la lutte contre le dérèglement climatique et la lutte contre la perte de biodiversité, mais nous devons aussi travailler sur les questions de paix et sécurité, de paix et désarmement d'une manière nouvelle. Peut-être par rapport à ce que l'on a pu faire dans le passé. Mais aussi essayer de faire le lien entre les questions de paix et les questions d'environnement parce que c'est dans le nom de Greenpeace, « green » et « peace », que c'est dans notre ADN de travailler sur ces deux sujets et surtout sur les interactions entre les deux. On sait bien qu'aujourd'hui il y a de plus en plus de conflits qui naissent en partie à cause de questions environnementales. Le dérèglement climatique a un impact sur le déplacement des populations et en aura de plus en plus sur les déplacements de populations. Ces déplacements massifs, quand ils sont soudains, génèrent des instabilités, des difficultés, des conflits parfois. Parmi les raisons du conflit qui dure depuis plus de 6 ans en Syrie il y a aussi les immenses sècheresses qui ont fait en sorte que beaucoup de paysans ont dû fuir leurs régions pour se retrouver en ville, avec toute l'instabilité provoquée par un exode rural massif. Il est donc important de travailler sur ces sujets-là parce que, de plus en plus, dans l'avenir, les questions de paix et d'environnement seront liées.

 

UP. Greenpeace s'est mobilisée dans l'île grecque de Lesbos pour sauver des réfugiés qui fuyaient la guerre…

J-F J. Quand il y a eu la montée de cette crise des réfugiés nous ne pouvions pas rester les bras croisés. Greenpeace n'est pas une organisation humanitaire mais on travaille souvent avec elles, en se demandant ce qu'on peut faire. Médecins sans frontières nous a demandé si on pouvait les aider en Méditerranée parce qu'ils n'avaient pas les compétences pour aller sauver des gens en mer. Or, chez Greenpeace, il y a des navigateurs. Nous avons donc envoyé des bateaux, des équipages, des militants qui ont travaillé main dans la main avec Médecins sans frontières pendant plusieurs mois pour essayer tout simplement de sauver des vies de personnes, qui montaient sur les canots de sauvetage et qui essayaient de traverser la Méditerranée, depuis la Turquie pour aller à Lebos et essayer, ensuite, de rejoindre d'autres pays en Europe. Ce n'est pas une action typique de Greenpeace, mais c'est aussi notre responsabilité en notre qualité d'organisation humaine qui prône le soutien, la solidarité, le respect des autres, la tolérance et l'ouverture, d'aller aider une organisation comme Médecin sans frontières quand elle a besoin de nous.

 

UP: Quels sont les projets de Greenpeace pour réactiver l'engagement pour la paix ?

J-F J. Il y a cette envie chez Greenpeace de reprendre la parole, de recommencer à travailler sur les questions de Paix et de désarmement. On va voir les autres organisations, les autres mouvements qui travaillent sur ces questions. On a recommencé à prendre des contacts avec Amnesty International et la campagne internationale pour l'abolition de l'arme nucléaire. Il faut voir où on en est car cela fait plusieurs années que l'on n'a pas travaillé de manière active sur ces sujets-là. On recommence donc à faire partie de coalitions, d'acteurs associatifs sur ces questions de paix et désarmement. Je ne sais pas encore ce que cela va donner en terme de projet pour Greenpeace en France, mais l'idée est de voir ce que notre organisation peut apporter. Il ne s'agit pas de faire ce que font les autres. L'idée est d'avoir une valeur ajoutée, d'écouter ceux qui travaillent sur ces questions-là, d'écouter quels sont leurs besoins, de savoir quelle est la problématique aujourd'hui et de voir ce qu'ils pensent que nous pourrions apporter, ce qu'une campagne " paix et désarmement" menée par Greenpeace France pourrait faire dans les années à venir.

Et puis il y a aussi une question de ressources humaines. Aujourd'hui, chez Greenpeace France on n'a plus personne qui travaille sur ces questions, on va donc essayer de trouver des ressources financières pour recruter quelqu'un et avoir des équipes travailleront sur ces sujets."

 

UP: L'Union Pacifiste vous souhaite bien du courage parce que nous connaissons aujourd'hui la difficulté de sensibiliser les jeunes au pacifisme et parce que l'armée est un « adversaire » redoutable.

J-F J. Greenpeace n'a jamais eu peur d'un adversaire quel qu'il soit. On a toujours eu pour tradition de s'attaquer à des adversaires importants et puissants, que ce soit l'armée, les multinationales, les gouvernements. C'est dans la tradition de Greenpeace d'aller pointer du doigt les problèmes environnementaux ou ceux liés à la préservation de la paix. Il est certain que quand on voit, au-delà des armées, la puissance du lobby industrialo-militaire de la production des armes et de l'exportation des armes, quand on voit à quel point ces groupes sont puissants, bien organisés, nous restons quand même optimistes parce qu'il y a des choses à dire. Il y a des scandales qui sont révélés grâce aux rares médias indépendants, chaque semaine ou presque, sur le fait que la France continue à vendre des armes à l'Arabie Saoudite qui les utilisent pour aller massacrer les populations civiles au Yémen. C'est des choses qui ne devraient plus arriver. Donc on va essayer de travailler sur ces sujets.

 

UP: Nous comptons aussi sur Greenpeace international car il y a d'autres bureaux qui, sur ce sujet, obtiennent des résultats. Le gouvernement suédois, par exemple, s'oppose aux ventes d'armes à l'Arabie saoudite. Peut-il y avoir des relais avec d'autres bureaux de Greenpeace ?

J-F J. Oui parce qu'il peut y avoir des pays qui sont plus à l'aise sur ces questions, plus à l'aise que les pays qui vendent des armes et dont la France fait partie. On l'a vu récemment aux Nations Unies. Il y a eu l'adoption d'une résolution pour ouvrir des négociations sur l'abolition des armes nucléaires. Un pays comme la France ne s'est pas prononcé pour, à la différence de ceux d'Europe du Nord qui sont beaucoup plus à l'aise sur ces questions. On va donc compter aussi sur ces gouvernements qui ont une tradition pacifiste très établie et qui disent clairement que l'on devrait désarmer la planète. Ce n'est pas le discours porté par la France aujourd'hui, si j'en juge par ce que j'ai pu écouter des candidats à la prochaine élection présidentielle. Beaucoup de ces candidats proposent au contraire une remilitarisation de la France, une augmentation du budget des dépenses militaires. Cela nous paraît sidérant, qu'en 2017 on en soit encore là ! On pense encore que plus il y aura d'armées plus il y aura de paix sur la planète. On a le sentiment que l'histoire a montré que c'est plutôt l'inverse. Raison de plus pour travailler en France sur ces questions.

 

En savoir plus sur le site de Greenpeace France :

« Greenpeace a toujours défendu et continuera de défendre la paix.

Greenpeace s’élève aussi contre ce discours qu’on nous sert depuis des années, à savoir que la force militaire est la seule façon de garantir la sécurité, et que les frontières et les armes sont la clé d’un monde pacifié. En réalité, si nous voulons empêcher le déclenchement de conflits, nous devons nous attaquer à leurs causes profondes. Nous devons travailler aux côtés des populations pour identifier des solutions non violentes à leurs problèmes.

La paix ne se définit pas uniquement par l’absence de guerre ou de conflit, et cette approche est le fondement de la conception de la paix que se fait Greenpeace. Les gouvernements dépensent des sommes astronomiques en matière de “défense”, que ce soit pour des armes, des bombes, des avions de guerre et, bien entendu, pour les armes nucléaires. En revanche, peu de ressources – qu’elles soient humaines ou financières – sont consacrées à la prévention en amont des conflits.

Le modèle de sécurité du XXe siècle, basé sur la puissance militaire, a fait long feu. Croire que les armes garantissent la sécurité, que la domination militaire est une marque de supériorité et que les conflits qui se passent au bout du monde ne nous concernent pas, c’est croire à des mythes qui ne font qu’aggraver les violences et les souffrances. La violence engendre la violence et permet rarement de résoudre les conflits. La paix du XXIe siècle doit se concevoir autrement que par l’absence de guerre.

Nous devons changer nos façons de penser, qui permettent à la sécurité nationale de reposer sur la puissance militaire et sur la peur de ceux qui sont différents de nous, au profit d’une approche plus exhaustive de la sécurité : la sécurité humaine. La sécurité humaine vise à protéger et à renforcer la dignité, l’autonomisation et l’épanouissement de toutes et de tous, pas uniquement en nous préservant des menaces, mais aussi en créant des systèmes environnementaux, sociaux, politiques et économiques qui permettent à chacun de se développer aux côtés des autres.

La clé de la sécurité humaine réside dans un environnement sain.

Le partage équitable des ressources entre toutes et tous et la protection du patrimoine commun de l’Humanitésont deux moyens de parvenir à un monde sain et en paix.

Pour faire face à l’épuisement croissant des ressources et aux impacts, localisés ou généralisés, des changements climatiques, nous devons adopter des alternatives durables.

« Les guerres des ressources » ne datent pas d’hier, mais aujourd’hui, nous disposons des moyens pour les surmonter. »

 

Sachant qu'aujourd'hui encore, au niveau international, la France constitue un acteur important en termes de politique dite de sécurité : forte présence militaire dans certains conflits (Mali, Centrafrique, Libye, Syrie, Irak...), membre permanent du Conseil de Sécurité de l’ONU et 4e exportateur mondial d’armes, l’Union pacifiste est heureuse d'apprendre que Greenpeace France sera à nos côtés pour faire avancer la cause du pacifisme.

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Les veilleurs du ciel, Jean-François Julliard, Édition Don Quichotte.

Julliard martial

http://www.greenpeace.org/france/fr