Birmanie, Les chemins de la liberté, Sylvie Brieu, Albin Michel, 2016

 Pour écrire son livre, Sylvie Brieu, grand reporter, a fait plusieurs voyages en Birmanie: un premier avec le circuit touristique classique puis d'autres dans les régions habitées par des minorités, plus ou moins interdites aux étrangers pour cause de guérillas, de persécutions, de présence massive de mines antipersonnel ou de trafic d'opium. Elle parle des combats de la pacifiste Lahpai Seng Raw qui a fondé en 1997 la Metta Development Foundation pour compléter le processus de paix et aussi de Wai Wai, la présidente du Women Peace Network Arakan qui voudrait empêcher l'éradication des Rohingyas. Elle rapporte les propos de Susanna Hla Hla Soe, élue parlementaire, qui déclare le 1er février 2016 «  On ne veut plus que les membres de notre famille meurent à la guerre. Tout ce qu’on souhaite, c’est vivre heureux avec nos enfants. Mais on ne pourra parvenir à une paix durable que si les femmes participent à la table de négociation ». Sylvie Brieu précise: "Inspirée par Aung San Suu Kyi, toute une génération de femmes se lève désormais pour assurer des responsabilités"

A la question d'un journaliste de la télévision TV5, en 2016: " Un retour en arrière est-il possible ?" Sylvie Brieu répond: : "La crainte d’un retour en arrière existe. L’échiquier politique est fragile. De terribles violations de droits humains sapent les espoirs de stabilité. Privés de droits, les Rohingyas apatrides, considérés par l’ONU comme « l’une des minorités les plus persécutées au monde » vivent dans des conditions insupportables. Dans l’Etat Kachin et Shan du Nord, des réfugiés internes parqués dans des camps de déplacés souffrent de pénurie alimentaire. Dans les zones ethniques, les viols commis en toute impunité par l’armée sont régulièrement dénoncés par des ONG. Malgré l’ampleur des problèmes, la volonté du gouvernement d’aller de l’avant semble bien réelle. L’enjeu majeur reste la paix et la réconciliation." 

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Pascal Khoo Thwe: Une odyssée birmane, Gallimard, 2009

 Aujourd'hui vendu sur les trottoirs de Yangon, ce livre a longtemps été interdit en Birmanie. Pascal Khoo Thwe, catholique d'origine padaung, passionné de lettres anglaises et de James Joyce en particulier, étudiant à Mandalay en 1988, subit la répression de la junte. 

 «  A Mandalay, entre dix et vingt mille personnes défilaient chaque jour dans le centre ville et autour du marché de Zaygyo… Quelques étudiants collaient sur les arbres et les murs des affiches avec les slogans antimilitaristes. L’un d’eux s’apprêtait à en coller une sur le mur d’un monastère quand passa un camion entier de soldats fusil au poing. Persuadé qu’ils allaient lui tirer dessus, ou au moins l’arrêter, le jeune homme se retourna et, dans un geste de folle bravoure leur montra l’affiche. On lisait: À BAS L’ARMÉE! À BAS LA DICTATUREI »

«  Les moines élevaient des banderoles où l’on pouvait lire: «  Arrêtez les tueries. Nous voulons la paix et la prospérité. »Ils marchaient au premier rang, c’étaient eux les meneurs. » Tirs des soldats. «  Cela dura deux minutes environ. Le plus frappant, ce fut de voir les tuniques cramoisies des moines se couvrir de sang tandis qu’ils tombaient au sol.Que des religieux soient abattus en pleine rue, c’était impensable. Jamais je n’aurais cru assister à pareille scène dans Mandalay, un lieu civilisé, une ville sainte fondée, disait-on, sur instructions de Bouddha lui-même. »

" Ce n’était pas facile de prêcher la paix et la non-violence, sachant que leur contraire pourrait nous détruire à tout moment. »

Pourchassé comme rebelle, Pascal Kloo Thwe se réfugie chez les Karens avant d'être exfiltré par un professeur de Cambridge et conduit dans la célèbre université anglaise où il écrit son odyssée.

 

 

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Thierry Falise: «  Aung San Suu Kyi, Le Jasmin ou la lune », J’ai lu

 C'est le premier livre écrit en français sur Aung San Su Kyi.

Thierry Falise, photojournaliste belge, indépendant, déclare: "Après mes études, je devais faire mon service militaire : il n’était pas question que je rentre à l’armée, j’ai donc fait un service civil. Par hasard, je suis entré dans la rédaction d’un petit journal d’écologie, « Champs libre »

Pour le livre sur Aung San Suu Kyi, c’est un travail que j’ai réalisé en 2006. Aung San Suu Kyi était en résidence surveillée depuis 2003. Je n’ai pas eu la possibilité de la voir à cette époque. Mais je l’avais rencontrée en 1996 et j’avais réalisé une longue interview avec elle dont j’ai pu reprendre beaucoup de citations.  J’ai  aussi rencontré, dans le secret le plus total, celui qui était le chauffeur d’Aung San Suu kyi en 2003, lorsqu’elle fut victime d’une tentative d’assassinat. Il m’a raconté comment leur convoi était tombé dans un guet-apens, comment il a, malgré tout, réussi à enfoncer un des barrages avec sa voiture…"

Ce livre raconte avec précision la résistance non-violente de la "Dame de Rangoun". En 1996, elle dit: " La France, à travers le gazoduc de Total, est le principal investisseur européen dans mon pays. Vu de Rangoon, Paris n’apparaît pas comme un ardent défenseur de la démocratie et du respect des droits de l’homme. Ni en Birmanie ni ailleurs dans le monde ».

On estime en 2005 que la vente du gaz exploité par Total a rapporté un milliard de dollars à la junte et lui a permis de se rééquiper en armements... russes!

CHEMIN JEPG