Belles rencontres: Bernard Clavel, Frédéric Pottecher, Léo Campion, Charles Bernard.

 

Le tournage du film " Aux quatre coin-coins du Canard", en 1986, m'a permis de revoir des personnalités qui avaient participé de près ou de loin au journal. Je voulais connaître leur point de vue sur le volatile.

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L'écrivain Bernard Clavel vivait en Irlande en 1986. Il nous recevait, ma femme et moi, dans une grande maison qu'il avait aménagée pour y écrire paisiblement. Ce n'était pas sa première ni sa dernière maison car Bernard Clavel a changé souvent de domicile. On peut lire actuellement ceci sur le site qui porte son nom: " Le bourlingueur: Bernard Clavel a déménagé plus de 40 fois. Ce fut d'abord Dole, puis Lyon, Vernaison ; Lyon à nouveau, suivi de Chelles (Seine-et- Marne). Ensuite, il effectue de longs séjours à l'étranger : Tchécoslovaquie, Union Soviétique, Bangladesh. Retour à Château-Chalon, puis à Villeneuve-sur-Yonne avant de partir pour le Québec, puis le Portugal, l'Irlande et le Bordelais" . Enfin la Suisse.

De son premier métier de pâtissier, Bernard Clavel, avait gardé le goût de la bonne chère. Il nous invitait, avec sa femme Josette Pratte, dans un bon restaurant de la ville. Connaissant ses prises de position et ses écrits antimilitaristes je souhaitais l'interroger sur le pacifisme du Canard Enchaîné.

 

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Après avoir parlé de Louis Lecoin, soutenu par le Canard pendant sa grève de la faim pour obtenir le statut des objecteurs de conscience, et de sa participation très active au journal de Lecoin " Liberté", je rappelais à Bernard Clavel son article paru dans le Canard Enchaîné au sujet de Napoléon. Après un moment d'hésitation il se souvenait de ce boucher honoré parce qu'il avait tué des millions de personnes " mais qui n'était pas tout seul... alors que le pauvre Landru, qui avait réussi à brûler plusieurs femmes avec sa seule cuisinière n'était pas assez reconnu" . Il trouvait cela injuste! Cette histoire, racontée dans le Canard l'amusait encore. 

 

 

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Quand au pacifisme Bernard Clavel  rappelait son engagement d'insoumis: « Le monde s'il peut-être sauvé le sera par des insoumis. » Il avait fait sienne cette devise d'André Gide, qu'il n'avait jamais cessé de mettre en application. Dès 1945, il s'était engagé dans la lutte pour le désarmement. Et il citait volontiers Victor Hugo : « Ôtez les armées, vous ôtez les guerres. ». Artisan de l'écriture, à sa table très tôt le matin et jusqu'à midi, amoureux de la nature, au grand air l'après-midi, Bernard Clavel ne lisait plus régulièrement le Canard car il ne le trouvait pas toujours dans sa région irlandaise. Mais il restait proche de l'esprit Canard.

 

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Frédéric Pottecher, célèbre chroniqueur judiciaire de la radiodiffusion française, logeait dans un bel appartement dont les fenêtres ouvraient sur les jardins du Palais Royal. Il appréciait beaucoup cette situation en plein coeur de Paris. Il nous recevait volontiers pour évoquer ses relations avec le Canard auquel il envoyait quelquefois des informations. Il précisait  la place importante du Canard dans la presse française. Son aisance devant la caméra et le micro était un plaisir pour le cinéaste. Il possédait l'art du récit et nous aurions pu tourner plusieurs heures avec lui. Je regrette de ne pas avoir enregistré tout ce qu'il nous a raconté ensuite sur le théâtre du peuple de Bussang, fondé par son oncle Maurice Pottecher. Histoire qu'il racontait dans son livre: "Un siècle de passions au théâtre du peuple de Bussang," éd. Gérard Louis, 1985.

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Frédéric Pottecher parlait comme au théâtre, jouait les personnages qu'il évoquait, nous enchantait avec ses récits. Il avait aussi ravi le public du cinéma Utopia, en 1987, à la sortie du film, quand il avait accepté de venir débattre avec les spectateurs. Il était accompagné de Louis-Marie Horeau et de Brigitte Rossigneux. Ce fut une soirée animée et mémorable!

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 Léo Campion, chansonnier, acteur, humoriste, caricaturiste, franc-maçon, libre penseur, objecteur de conscience, pacifiste, antimilitariste, libertaire et grand maître de la Confrérie des Chevaliers du Taste Fesses, avait toute la verve nécessaire pour nous parler du volatile, sa lecture favorite. Léo Campion, dans sa grande générosité, nous donnaittout son temps pour le tournage mais aussi tout son talent pour la réussite de notre film. Homme de spectacle il trouvait les mots, les formules et les gestes qui touchent au public. La suite du tournage était aussi riche d'enseignement quand il nous présentait les nombreux ouvrages qu'il avait écrits et nous offrait ses écrits les plus amusants.

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Charles Bernard, chansonnier, avait accepté, pour les besoins du film, de remonter sur les planches du Caveau de la République avec, dans le spectacle, Jean Amadou, Robert Rocca et quelques autres. Il avait rejoué son conte du Canard: " La preuve que la terre est ronde, c'est que ceux qui ont les pieds plats ont du mal à marcher". Le public avait beaucoup ri et l'avait longuement applaudi. Il était heureux d'avoir fait revivre un texte qui représentait une époque ancienne du Canard, une époque où les chansonniers étaient accueillis dans les pages du volatile.

 

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Les chansonniers du Caveau de la République étaient restés fidèles au Canard. Martial Carré, Edmond Meunier et Florence Brunold avaient prêté gracieusement leur voix aux personnages représentés dans quelques dessins du Canard présents dans le film.

 

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Les dessinateurs du Canard ont continué à réaliser des affiches pour le Caveau de la République.

 

Toute l'équipe du film a été heureuse de rencontrer ces personnages qui appréciaient, comme nous, l'esprit Canard.