ALAIN GRANDRÉMY, secrétaire de rédaction du Canard Enchaîné en 1986.

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Grandrémy May

J’avais connu Alain Grandrémy, secrétaire de rédaction au Canard Enchaîné, avec May Picqueray. Ils partageaient les mêmes convictions anarchistes et antimilitaristes.

 

Le réfractaire

 

 

 

 

 

Alain Grandrémy aidait May Picqueray à confectionner son journal pacifiste:  Le Réfractaire  

 

 Je retrouvais Alain Grandrémy au Canard Enchaîné, quand je tournais le film «  Aux quatre coin-coins du Canard » en 1986.

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Il était présent à son bureau le lundi pour relire et corriger tous les articles en préparation.

 

 

Lucine NielAssis sur une chaise haute, dans la salle de rédaction, face à Lucien Niel, le fils de May Picqueray lui aussi correcteur, il semblait dominer la situation et il s’occupait de tout.

 Accueillant, convivial, généreux, Alain Grandrémy s’était tout de suite intéressé à notre travail de cinéaste et s’était même proposé pour nous aider. 

 

Grandrémy 2

 

 J’avais besoin de ses conseils pour mieux connaître les journalistes et les dessinateurs du Canard. J’avais aussi besoin de sa rigueur pour ne pas faire d’erreur dans les documents que j’avais choisis pour illustrer les propos des intervenants. Alain Grandrémy acceptait de suivre notre travail et il le fit jusqu’au montage du film. 

 

 

 

Au Canard, Alain Grandrémy, travaillait le lundi jusqu’à une heure avancée de la journée car les dessins étaient choisis par les journalistes en fin d’après-midi. 

 

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Et, le mardi matin, à l’atelier de composition de l’imprimerie, Alain arrivait de bonne heure pour participer activement à la mise en page du journal.

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avec Cabu et Jean-François Julliard

Son travail consistait non seulement à relire les articles destinés à la publication mais aussi à proposer de nouveaux dessins pour les espaces vides ou à rechercher des cabochons, petites illustrations, pour accompagner un texte. Il fouillait donc dans le catalogue de cabochons qu’il connaissait par coeur, pour trouver la vignette la mieux adaptées. Je me rendais compte qu’il fallait une bonne expérience des archives du Canard pour découvrir rapidement le dessin le mieux adapté.

Grandrémy cabochon

 Dans l’effervescence de l’atelier de composition où travaillaient presque tous les journalistes du Canard pour fabriquer un journal le plus proche possible de l’actualité, avec des titres humoristiques et les dessins percutants, Alain Granrémy était à son aise. Il passait d’une table à l’autre sans jamais perdre de vue l’ensemble des huit pages qui devaient être prêtes en fin de matinée pour partir à l’imprimerie.

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 avec Gérard Jovené

Alain Grandrémy était entré au Canard Enchaîné en 1970, sur proposition de Patrice Vautier. Antimilitariste, il avait été très actif dans l’unique manifestation des journalistes et dessinateurs du Canard, au Larzac en 1978. 

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Il s’intéressait à la lutte des paysans du Larzac depuis son commencement en 1971.

Un journaliste du Canard, Henri Deligny, avait dit à Léon Maillé, paysan, qui se plaignait du mauvais traitement de la lutte du Larzac par la « grande presse »: « Pourquoi vous ne faites pas un canard vous-même? » Le journal «  Gardarem lo Larzac » était créé en 1975.

Alain Grandrémy prenait en charge une bonne partie de sa fabrication.

 

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En 2015, le journal «  Gardarem lo Larzac » fêtait ses quarante ans en invitant un autre journaliste du Canard Enchaîné: Jean-François Julliard.

 

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A la sortie en salle du film «  Aux quatre coin-coins du Canard » Alain Grandrémy a souvent participé aux débats avec le public que j’organisais au cinéma Utopia du quartier latin.

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Canard Utopia 2

Ces rencontres du jeudi soir remplissaient la salle toutes les semaines et se terminaient très tard dans la nuit car plusieurs spectateurs aimaient prolonger la séance en discutant avec les invités, journalistes ou dessinateurs du Canard, autour d’un verre de vin. Obligé, un jeudi soir, de m’absenter du cinéma pour mon travail à la télévision, je demandais à Alain Grandrémy de me remplacer pour l’animation. J’apprenais, le lendemain, que la soirée s’était prolongée dans la nuit jusqu’au petit matin et que les derniers spectateurs avaient terminé leurs conversations autour d’un café.

Alain Grandrémy était toujours prêt à inviter des confrères du Canard Pour parler du film. Il l’a fait à radio libertaire avec Bernard Thomas et Kerleroux.

 

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Alain Grandrémy s’occupait aussi d’organiser des expositions avec les dessinateurs du Canard. Il collaborait régulièrement au Salon International du dessin de presse et d’humour de Saint-Just le Martel, près de Limoges. Il proposait la programmation du film sur le Canard, en 1987, et me permettait de rencontrer des dessinateurs de tous les pays qui faisaient le succès de cet évènement exceptionnel.

 

 

 Quelques mois plus tard nous nous retrouvions à Lussac Saint-Emilion où étaient invités des dessinateurs, toujours avec le film «  Aux quatre coin-coins du Canard ».  

 

 Quelques années plus tard Alain Grandrémy organisait une programmation au cinéma «  Le Cotentin » de Normandie et j’avais la chance de connaître sa petite ville de Pirou et le chemin des contrebandiers qui passait derrière sa maison. D’esprit anar, libre penseur et amoureux des artistes, Alain Grandrémy, me faisait découvrir son domaine.

Alain Grandrémy s’éloignera du Canard Enchaîné en 1990 pour se consacrer à l’organisation d’expositions de dessinateurs. 

Occupé par d’autres chantiers de film je le rencontrais moins souvent mais je continuais à l’informer sur les possibilités de rencontres autour des documentaires. Il me répondait par courriel, avec toujours beaucoup de gentillesse. Puis quelques courriels sont restés sans réponse. J’apprenais malheureusement son décès en 2014. Un bel hommage lui a été rendu par ses amis normands et artistes. 

 

photos © Bernard Baissat