Yvan Audouard

 

Quand je rencontrais Yvan Audouard, en 1986, c’était une «  grande plume » du Canard. Il était aussi un écrivain célèbre - une trentaine de livres déjà publiés -  et une personnalité des médias 

Né à Saigon en 1914, il avait passé toute sa jeunesse entre Arles et Nîmes où il avait acquis un grand amour de la Provence et un bel accent méridional. Mais son parler savoureux lui avait joué des tours. Il m’avait raconté comment, professeur d’Anglais, l’examinateur parisien du concours de l’agrégation l’avait recalé en lui disant: «  C’est bien mais vous repasserez l’année prochaine quand vous aurez perdu votre accent. » 

Yvan Audouard n’avait pas, heureusement!, perdu son bel accent et il avait abandonné l’enseignement et choisi le journalisme.

 

Audouard 3

 

 Très bon conteur, avec un langage imagé et humoristique, Yvan Audouard était la personne idéale pour un entretien filmé. Je lui proposais de l’enregistrer dans les locaux du Canard mais il préférait recevoir l’équipe de tournage dans son appartement de la banlieue ouest de Paris où, me disait-il: «  J’ai une belle terrasse. Nous serons plus tranquilles ». 

Effectivement, dans son immeuble d’un quartier chic, Yvan Audouard bénéficiait d’une grande terrasse avec vue sur Paris. Il soignait ses arbres et ses fleurs et jouissait d’un cadre magnifique pour accueillir ses amis. Nous étions heureux de nous installer dans ce beau décor extérieur pour filmer un homme qui respirait la joie de vivre.

 

Audouard 6

 

Jean-Pol Lefèbvre règle sa caméra, Claude Gilaizeau placent ses micros et le tournage commence dans la bonne humeur que savait entretenir Yvan Audouard. Malheureusement, très peu de temps après le début de l’enregistrement, Claude Gilaizeau me fait des signes d’alerte: un hélicoptère survole la terrasse et le bruit couvre la voix d’Yvan Audouard. Nous nous arrêtons, nous attendons, nous reprenons. Deux minutes après, un autre hélicoptère se pointe venant de la même direction. Nouvel arrêt, nouvelle reprise. Quelques minutes plus tard, de nouveau un bruit d’hélicoptère. Yvan Audouard découvre, avec nous, que sa terrasse est sur le trajet des hélicoptères qui partent de l’héliport de Paris en direction de l’aéroport du Bourget ou de Roissy. Bonjour la tranquillité!

Mais il en faut plus pour décourager Yvan Audouard. Il nous propose  de nous réfugier à l’intérieur, dans l’appartement. Après quelques minutes d’hésitation, nous constatons que le calme est revenu et que nous pouvons reprendre l’entretien sur la terrasse.

 

Audouard 4

 

Yvan Audouard nous raconte comment il est entré au Canard en 1944, comment il a inventé la rubrique de calembours «  L’Album de la Comtesse », pourquoi il s’est intéressé au «  fénestron » de la télévision française, et bien d’autres histoires que nous n’avons pas pu mettre toutes dans le film. 

Nous aurions pu filmer pendant des heures Yvan Audouard car il aimait raconter, avec humour, sa joie de vivre, sa joie d’écrire, sa joie de pratiquer le métier qu’il aimait dans le journal qu’il aimait.

A la fin du tournage Yvan Audouard était allé chercher une bouteille pour trinquer à la réussite du film. 

 

Audouard 8

De gauche à droite: Yvan Audouard, Claude Gilaizeau, Jean-Pol Lefebvre

Et comme il avait le sens de la mise en scène, il nous réservait encore une surprise en nous invitant à le suivre dans son appartement pour prendre quelques photos. Il s’agenouillait alors sur un prie-dieu devant son poste de télévision, le nouvel instrument de «  bourrage de crâne » du pouvoir.

Audouard 7

Photos © Bernard Baissat

 

Quand je lisais ensuite ses chroniques sur les «  étranges lucarnes » je ne pouvais pas m’empêcher de le revoir dans cette position amusante et moqueuse.