Premier tournage avec André Ribaud ( Roger Fressoz)

 

En 1986, quand je commençais le tournage du film sur le Canard Enchaîné, j’avais l’intention de montrer le caractère particulier de l’équipe des journalistes et des dessinateurs du Canard qui, tous, étaient des personnages hors du commun. Comment ces rédacteurs avaient-ils pu faire vivre avec succès un journal satirique pendant 70 ans en pratiquant, avec des méthodes artisanales, un métier si difficile ? Mon intérêt pour des personnes et des situations  atypiques me guidait. Je ne savais pas, au départ, quels journalistes accepteraient de se laisser filmer car les rédacteurs du Canard étaient des gens discrets et très peu connus dans les média. Je ne savais pas combien de temps durerait le film. Et je ne savais même pas si j’arriverais à construire une histoire qui intéresserait non seulement les fidèles lecteurs du journal mais aussi ceux qui le découvriraient à travers le film.

 

Alors, commencer par rencontrer Roger Fressoz, directeur du Canard depuis 1969, mais aussi ancien critique de cinéma, était plutôt rassurant. Comme tous les lecteurs du journal je connaissais la signature d’André Ribaud et j’avais suivi les célèbres chroniques de La Cour pendant la période gaullistes.

 

Capture d’écran 2016-04-24 à 07

 

Je savais que Roger Fressoz, dit André Ribaud, savoyard, avait fait ses débuts de journaliste en 1944 dans le journal Cordées et qu’il avait écrit, à partir de 1947, dans le journal Radio-Loisirs, ancêtre de l’hebdomadaire Télérama. Roger Fressoz s’intéressait à la politique et à l’histoire. J’étais donc heureux de pouvoir commencer le tournage avec lui car je voulais qu’il soit le fil conducteur du documentaire.

 

Notre petite équipe, composée de Jean-Pol Lefebvre à la caméra film et de Dominique Bidaubaye à la prise de son, s’installait dans le bureau du directeur. Roger Fressoz prenait place dans le fauteuil que nous avions repéré. J’avais préparé un questionnaire chronologique pour pouvoir me repérer dans le récit de Roger Fressoz et le relancer si cela était nécessaire. Mais je n’ai pas eu besoin de poser beaucoup de questions car Roger Fressoz connaissait parfaitement l’histoire du Canard. Il la racontait avec précision et humour. On saisissait tout de suite son respect pour les fondateurs du journal, Maurice et Jeanne Maréchal, et pour tous les journalistes qui l’avaient précédé.

Capture d’écran 2016-04-24 à 07

 

Il montrait son attachement aux idées défendues par le Canard depuis sa création et son goût pour la satire et l’humour. Son langage correspondait exactement au ton de ses écrits, ce qui était une chance pour un réalisateur comme moi qui préfèrait utiliser le moins possible les commentaires.

Capture d’écran 2016-04-24 à 07

 

 

Ce premier enregistrement a duré plus d’une heure. Il a fallu changer 5 ou 6 fois les magasins de la pellicule d’une durée de 10 minutes. Roger Fressoz a fait preuve d’une patience qui nous a encouragé. Son accueil convivial, son respect pour notre travail, son application à répondre à toutes nos questions et son amour du Canard, nous rendaient optimistes pour la suite du tournage.

 

Il fallait maintenant trouver les images qui allaient soutenir le discours de Roger Fressoz et rencontrer le plus grand nombre possible de rédacteurs du Canard pour compléter le portrait de ce journal satirique, unique dans la presse française et internationale.