Faire un film documentaire sur Le Canard Enchaîné. 

Affiche Canard 1

 

 

 C’est May Picqueray, anarchiste, antimilitariste et correctrice au Canard, qui m’a permis de faire la connaissance des journalistes et des dessinateurs du Canard Enchaîné.

May 1 copie

 

 

 

 Après avoir lu son livre autobiographique «  May la réfractaire », préfacé par Bernard Thomas, et après avoir rencontré cette dame hors du commun avec l’historien Robert Brécy qui faisait une étude sur la chanson révolutionnaire, je décidais, en 1981, de réaliser un film sur cette personnalité exceptionnelle. May a accepté le tournage à condition que l’on parle surtout de l’objection de conscience, son engagement principal avec Louis Lecoin et que l’on donne la parole à des militants historiques et à de jeunes réfractaires. Le tournage a duré deux ans car la liste de noms, fournie par May, comportait une cinquantaine de personnes dont il fallait recueillir le témoignage. 

 

Lorsque May Picqueray est tombée malade, en 1983, j’ai commencé le montage dans l’urgence pour finir le film et le lui montrer avant diffusion, comme je le faisais habituellement  avec les personnages dont je faisais le portrait cinématographique. Je lui montrais , à l’hôpital, les séquences au fur et à mesure de l’avancement du montage, mais, malheureusement May Picqueray, est décédée, le 2 novembre 1983. Le film sortait du laboratoire et une avant-première était déjà programmée au cinéma Saint-Séverin, à Paris. Marie-May, Sonia et Lulu, ses enfants, ont souhaité que le film soit projeté malgré tout. La salle était pleine de spectateurs que je ne connaissais pas: il s’agissait d’une grande partie de la rédaction du Canard Enchaîné.

MAY 2 copie

 

May Picqueray avait été correctrice pendant de nombreuses années au Canard Enchaîné. Son fils Lucien Niel, «  Lulu », avait pris la suite de ce métier au Canard et avait invité à la projection le directeur Roger Fressoz, le rédacteur en chef, Gabriel Macé, des journalistes et des dessinateurs qui tous appréciaient May Picqueray.

 

 

Alain Grandrémy, secrétaire de rédaction au Canard Enchaîné, mais aussi collaborateur du journal de May: «  Le Réfractaire » m’a appris, par la suite, que le directeur du Canard avait aimé le film et qu’il avait été touché par le portrait de cette femme engagée.

 Lecteur du Canard depuis toujours, admirateur des personnalités exceptionnelles du Canard, je pensais alors qu’un film sur le journal satirique serait intéressant.

 

Renseignements pris, j’apprenais qu’aucun document cinématographique complet n’existait en France sur ce journal. Par contre, une quinzaine de télévision étrangères avaient consacré des reportages élaborés à cet hebdomadaire unique au monde. J’en parlais à Marie-Christine de Navacelle et Suzette Glenadel qui s’occupaient à la BPI du Centre Georges Pompidou du festival: «  Cinéma du Réel » et aussi de co-production. A l’occasion d’une série de manifestations organisées autour de la presse, la BPI, avait décidé d’axer une partie de sa production sur les media et la communication. Elle avait déjà co-produit, entre autres, «  Reporters » de Raymond Depardon et  « Le Tour du Monde » de Jean-Paul Fargier. Marie-Christine de Navacelle me proposait alors de co-produire un documentaire sur le Canard Enchaîné.

 

Connaissant un peu « l’esprit Canard » et sachant que les journalistes de ce journal n’aimaient pas trop se montrer dans les media je proposais à Marie-Christine de Navacelle de prévoir le versement financier de la co-production seulement lorsque le film serait terminé car je n’étais pas sûr d’arriver à réaliser ce documentaire. Je préférais, comme pour mes autres films, produits et réalisés en marge de la télévision française, financer moi-même, entièrement, la réalisation, dans la mesure de mes propres moyens. J’agirai donc, comme d’habitude, avec des moyens professionnels mais artisanaux et avec des techniciens rémunérés mais amis. Le tournage en film 16mm négatif était la norme de l’époque mais j’introduirai des séquences tournées en vidéo quand je n’aurai pas la possibilité de travailler avec une équipe complète.

 

Restait maintenant à prendre contact avec le directeur du Canard Enchaîné, Roger Fressoz, pour lui parler de mon projet. Je n’osais pas le faire avant d’avoir des idées précises sur le scénario.

 

En mai 1984, Roger Diamantis, propriétaire des cinémas Saint-André des Arts, à Paris, acceptait de programmer mes films «  Ecoutez May Picqueray » et  « Ecoutez Bizeau » dans son cinéma. J’invitais quelques amis de May Picqueray et notamment les dessinateurs du Canard qui offraient des dessins à May pour son journal: «  Le Réfractaire ». Le dessinateur Moisan, qui m’avait offert un dessin pour l’affiche du film sur May, se trouvait un jour parmi les spectateurs. A la sortie, je lui parlais de mon projet de film sur le Canard. Il me répondit: «  Tu n’y arriveras jamais car, au Canard, nous sommes dans l’Olympe ». Mais il ajoutait: «  Tu devrais rencontrer Roger Fressoz ». Les lecteurs du Canard connaissent bien la rubrique «  La Cour » que Moisan et André Ribaud ( Roger Fressoz) ont tenu avec beaucoup de succès pendant toute la période gaulliste. Cette proposition de Moisan m’a encouragé à demander un rendez-vous au directeur du Canard.

Canard 70 ans_0004

 

 Comme souvent au Canard, les premiers rendez-vous se passaient dans un bar ou à l’occasion d’une fête. Roger Fressoz m’invitait à l’anniversaire des 70 ans du Canard.

Canard 70 ans

 

 Je lui demandais l’autorisation d’amener une caméra de vidéo légère. Il me l’accordait volontiers. C’est ainsi que j’ai tourné les premières images d’une fête joyeuse et que j’ai pu croiser les personnes dont je ne connaissais que les articles ou les dessins. Ces images n’ont jamais fait partie du film achevé mais elles m’ont permis d’entrer en contact plus facilement avec le directeur, les journalistes et les dessinateurs du Canard.

 Nous avons reparlé avec Roger Fressoz, qui avait été aussi critique cinématographique, du film   Ecoutez May Picqueray . Il a accepté mon projet de film sur le Canard.  Il m’a accordé un premier entretien filmé dans les locaux du Canard. 

 

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C’était le début d’une aventure cinématographique qui allait durer deux années.