L'armée française est toujours en opération en Centrafrique.

De nouvelles accusations sont portées contre les soldats de l'opération Sangaris. C'était déjà le cas en 2015. Qu'est-ce qui a changé?

 

Centrafrique : de nouvelles poursuites pour viol

visent l'armée française

Texte de France 24:

La justice française a ouvert une enquête préliminaire visant l'armée française, après une nouvelle accusation de viol en Centrafrique. C'est la troisième information judicaire de ce type.

L'amée française visée par de nouvelles accusations de viols en Centrafrique. La justice française a ouvert vendredi 4 septembre une enquête préliminaire après les accusations d'une jeune femme centrafricaine affirmant avoir été violée dans son pays à l'été 2014 par un soldat de la force française Sangaris.

Cette décision fait suite à un signalement des faits présumés par le ministère de la Défense, qui a reçu des informations des Nations unies.

Cette jeune femme, dont l'âge n'est pas déterminé, a accusé un militaire de la force française Sangaris de l'avoir violée à l'été 2014. De ce rapport forcé serait né un enfant en avril, selon ses déclarations. L'ONU a évoqué jeudi une "jeune fille probablement en fin d'adolescence au moment des faits allégués".

L'enquête préliminaire visera notamment à étayer, ou non, les accusations portées par la jeune femme.

L'armée française est désormais confrontée à trois enquêtes judiciaires pour des faits de viols présumés après des accusations portées contre ses soldats en Afrique. Les deux premières enquêtes concernent des mineurs. Ces allégations visent notamment 14 soldats français, qui n'ont jusqu'à présent pas été entendus. L'affaire avait longtemps été tenue secrète, suscitant des critiques contre les autorités françaises quand le quotidien britannique "The Guardian" avait révélé les faits en avril, près d'un an après qu'elles en avaient été informées.

De son côté, l'ONU a annoncé fin août la mise en cause de trois casques bleus dans trois nouveaux cas de viols en Centrafrique, dont un concernant une victime mineure. Ces faits ont été signalés par les familles des victimes présumées à la Minusca, la force des Nations unies déployées en Centrafrique, dont le chef Babacar Gaye a récemment dû démissionner.

L'opération française Sangaris, qui n'est pas sous commandement de l'ONU, a été déclenchée en 2013, pour stabiliser la situation en Centrafrique, alors en proie au chaos, et tenter d'enrayer les tueries entre communautés chrétienne et musulmane. Au plus fort de sa présence elle a compté 2 000 hommes, des effectifs désormais réduits de plus de moitié.

 

A quand le départ des troupes françaises?

 

Centrafrique : Paris annonce une nouvelle

fois le départ de l’armée française

Le choix du « Sangaris », un éphémère papillon, n’avait rien d’anodin. Depuis son déclenchement, le 5 décembre 2013, la question de la fin de cette opération militaire en République centrafricaine (RCA) n’a cessé d’occuper l’esprit des autorités françaises. François Hollande avait au départ promis une intervention « de quatre à six mois », afin d’endiguer une vague de violences sans précédent, dans ce pays où l’armée française est présente depuis quarante ans.

Excès de confiance d’une ex-puissance coloniale qui considérait que le déploiement en urgence de ses soldats serait assez dissuasif pour mettre au pas des miliciens brutaux mais associés à des intérêts communautaires et politiques ? La mauvaise appréciation initiale de la profondeur de la crise et le manque de moyens sur le terrain ont eu rapidement raison de cet optimisme.

Les forces internationales accusées

de nouveaux viols en Centrafrique


Les faits allégués, révélés mercredi 30 mars par l’ONG AIDS-Free World, se seraient produits principalement à Dékoa, à environ 260 km au nord de la capitale, entre 2013 et 2015. Cette même organisation américaine avait déjà, onze mois plus tôt, rendu publiques des accusations de pédophilie, émanant de jeunes garçons, à l’encontre de treize militaires français de l’opération « Sangaris » et de cinq soldats africains de la Misca, la mission de l’Union africaine ayant précédé celle de l’ONU.

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Comble du sordide, cette fois, trois filles ont raconté qu’en compagnie d’une quatrième, décédée depuis, elles ont été, en 2014, « ligotées et dénudées à l’intérieur d’un camp [militaire] par un officier de “Sangaris” puis forcées à avoir des relations sexuelles avec un chien ». Chacune aurait reçu ensuite 5 000 francs CFA, soit moins de 8 euros.

Alors que l’ambassadeur de France à l’ONU a déclaré que Paris « veut faire toute la lumière » sur les accusations visant ses soldats, un membre de l’entourage du ministre de la défense fait part de son incrédulité. « C’est trop énorme, dit-il. Nous avons mené une enquête interne fin 2014-début 2015 sur cette affaire du chien et l’on a découvert qu’il s’agissait d’une vidéo zoophile qui se transmettait de portable à portable, dans laquelle il n’y a aucun militaire français et qui n’a pas été tournée en Centrafrique. » « Il faut que l’on démonte au plus vite cette affaire », conclut cette source.

Saisi par les Nations unies, le ministère de la défense indiquait, jeudi, que le dossier allait être immédiatement transmis au parquet de Paris. Ce dernier avait ouvert une enquête en 2015 après les premières accusations venues de Bangui. Sur la trentaine de soldats français auditionnés sur les soupçons de viols d’enfants, deux ont été placés en garde à vue, mais aucune mise en examen n’a été prononcée.

Vendredi, le président François Hollande a déclaré depuis Washington que si les allégations « d’abus sexuels innommables » visant des soldats français étaient confirmées, « c’est l’honneur de la France qui serait engagé »« On ne peut pas et je ne peux pas accepter qu’il y ait la moindre tache sur la réputation de nos armées, c’est-à-dire de la France », a insisté le chef de l’Etat et des armées. « La plus grande exigence de vérité et la plus grande affirmation du refus de toute impunité doivent être exprimées aujourd’hui », a-t-il poursuivi.

Consternation et dégoût

 

Au sein des Nations unies, ces nouvelles accusations d’abus sexuels visant, cette fois, des contingents burundais et gabonais provoquent colère, consternation et dégoût. Le secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-moon, s’est dit « profondément choqué » après que « des soldats envoyés pour protéger les habitants ont au contraire plongé au cœur des ténèbres »« Aucun effort ne doit être ménagé dans l’enquête des Nations unies sur ces allégations révoltantes », a déclaré pour sa part le haut-commissaire des Nations unies aux droits de l’homme. « D’importants efforts sont en cours pour enquêter sur ces allégations », précise le communiqué de Zeid Raad Al-Hussein, alors que des investigations se poursuivent dans d’autres parties de la RCA. Selon une source sûre, des cas de viols ont été documentés à Bambari, et, à Boda, des soldats burundais auraient acheté le silence de familles après avoir abusé de jeunes filles.

La misère, la vulnérabilité des populations, l’absence de relèves pour de nombreuses troupes, l’ampleur des viols dans ce pays et l’impunité qui les accompagne – un rapport de l’ONU recense près de 30 000 cas de violences sexuelles en RCA perpétrés entre janvier et octobre 2015 – peuvent expliquer pour partie que la Minusca soit la mission de l’ONU la plus touchée par le phénomène, avec 25 abus recensés depuis le début de l’année, sans compter les dernières. Reste qu’aucun des soldats mis en cause n’a encore été poursuivi par la justice de son pays.

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Le département des opérations de maintien de la paix de l’ONU, critiqué au début pour son manque de réactivité, a mis en place une série de mesures. Depuis qu’il a remplacé en août 2015 Babacar Gaye, emporté par les premières accusations, le patron de la Minusca, Parfait Onanga-Anyanga, proclame qu’il appliquera une politique de tolérance zéro pour les personnels de l’ONU suspectés d’abus sexuels.

« DES SOLDATS ENVOYÉS POUR PROTÉGER LES HABITANTS ONT AU ­CONTRAIRE PLONGÉ AU CŒUR DES TÉNÈBRES », SE DÉSOLE BAN KI-MOON, LE SECRÉTAIRE GÉNÉRAL DE L’ONU

Le 11 mars, le Conseil de sécurité a adopté une résolution prévoyant le rapatriement des contingents soupçonnés. Les Etats membres ont six mois pour rendre compte des suites judiciaires données à l’affaire. Si rien n’est fait contre les soldats mis en cause, l’ONU pourrait écarter ce ou ces Etats des futures opérations de maintien de la paix. Le contingent de la République démocratique du Congo a été rapatrié de Centrafrique, de même que 120 soldats du Congo-Brazzaville. Ces mesures disciplinaires pourraient cependant poser problème à l’ONU tant le vivier de casques bleus est limité. A Bangui, une source au sein de la Minusca résume le dilemme actuel : « Nous annonçons une politiquede tolérance zéro,mais les pays qui sont cités menacent de retirer leurs troupes et les contributeurs ne se bousculent pas pour les remplacer. »

« La médiatisation de ces affaires fatigue les bailleurs et le public, prévient un fonctionnaire des Nations unies. Il ne faudrait pas qu’on finisse par se désintéresser de la Centrafrique à cause de ces abus. Le désengagement de la communauté internationale serait dramatique dans le contexte actuel. »