BRAVO LES FRANçAISES ?

18 JANVIER 2007

   Après l’annonce du taux record européen de la natalité en France: 2 enfants par femme, la presse n’a pas cessé de glorifier la fécondité des femmes françaises et la confiance en l’avenir des couples français.
   Les journalistes ont annoncé la nouvelle comme une victoire française. Certains journalistes se sont quand même interrogés pour comprendre comment, dans une période aussi difficile, les couples pouvaient décider de faire des enfants. D’autres ont souligné que la France avait une politique nataliste extraordinaire avec beaucoup de crêches ( et oui! il n’ont jamais essayé d’en avoir une) et des écoles maternelles performantes qui permettent aux femmes d’avoir des enfants tout en travaillant. La palme revient à Jean-Marc Sylvestre, l’économiste ultra-libéral de France Inter qui ne comprend pas pourquoi les Français sont si courageux “ sous la couette” et si peureux pour faire des réformes ( ultra-libérales) sur les services publics, les retraites etc... sans lesquelles la vie de leurs enfants sera empoisonnée.
   Mais je n’ai pas entendu de journaliste faire de parrallèle entre l’effrondrement d’une société et la prolifération des enfants.
   Quand j’ai fait le film sur Jeanne Humbert et le néo-malthusianisme en France, j’ai lu quelques ouvrages sur la natalité: c’est toujours dans les périodes les plus dures que l’espèce humaine fait le plus d’enfants: guerre, famine, misère... C’est dans les pays et les milieux les plus pauvres qu’il y a le plus d’enfants. C’est uniquement un reflexe de survie de l’espèce humaine, comme un arbre qui donne sa plus belle récolte l’année qui précède sa mort.
   C’est donc plus un phénomène inquiétant qu’un titre de gloire car la plupart des couples réagissent par instinct plutôt que par raison. Ceci peut paraître curieux à une époque où les femmes et les hommes disposent de tous les moyens pour avoir des enfants quand ils le veulent. Mais l’espèce humaine, dans les moments difficiles, réagit plus de façon animale que de façon logique.
   J’ai commencé la lecture du livre d’Hervé Kempf: COMMENT LES RICHES DÉTRUISENT LA PLANETE.
   L’avenir que décrivent les scientifiques d’aujourd’hui est encore plus dramatique que celui qu’annonçait René Dumont. L’équilibre du climat et des espèces, aujourd’hui très instable, peut se détériorer brutalement. Rien n’est fait pour freiner l’arrivée de la catastrophe. Seuls les pays riches et les riches des pays riches pourraient agir mais ils ne le souhaitent pas. Alors la planète s’enfonce dans la pauvreté et les pauvres sont les premières victimes.
   La pauvreté a gagné la France comme tous les pays du monde. Le nombre des pauvres atteint au moins 20% de la population. C’est dans cette couche de la population qu’il faudrait regarder si les femmes ne sont pas en train d’essayer de sauver l’espèce en multipliant le nombre des enfants.
   On disait en Afrique, quand j’y travaillais dans les années 70, que les enfants étaient le soutien des vieux. Il n’y avait pas de retraite et malgré la forte mortalité infantile les femmes devaient avoir des enfants pour être considérées et préserver la famille. Aujourd’hui, dans les pays riches, les pauvres, privés de sécurité pour l’avenir, réagissent de la même façon.
   Alors bien-sûr que l’on ne peut pas culpabiliser les femmes que vouloir sauver l’espèce, mais cette nouvelle devrait plus inquiéter les journalistes que les réjouir.