22 juillet 2005

TOGO

Un rapport d’Amnesty International dénonce, d’après le titre du Monde, " de graves atteintes aux droits de l"homme depuis l"élection présidentielle " de Faure Gnassingbé, fils du dictateur sanguinaire Gnassingbé Eyadéma. Traduction : ces élections truquées, considérées comme tout à fait satisfaisantes par le gouvernement français, ont provoqué un exode massif de population vers le Bénin voisin et ont entraîné la mort de 811 personnes d’après la Ligue togolaise des droits de l’homme. L’Amnesty International a déjà relevé les noms de 150 victimes et pense qu’il y en a beaucoup plus. Mais le rapport met en cause non seulement l’armée togolaise mais aussi la France. Il rappelle que " vingt militaires français sont détachés au titre de la coopération militaire " (On comprend ce que ça veut dire avec l’exemple du Rwanda ! ) et le rapport affirme qu’après analyse des balles en caoutchouc utilisées par l’armée togolaise lors de la répression, " les armes sont de fabrication française ". C’est ce que l’on appelle la coopération bilatérale !

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Le Togo que j’ai eu l’occasion de visiter en 1968 a dû bien changer depuis et dans un sens malheureusement négatif. Lomé était une ville très vivante, avec un commerce florissant organisé par les célèbres mamans qui soutenaient l’économie du pays. Les Togolais avec lesquels je travaillais à la Télévision Scolaire du Niger, exilés à Niamey depuis de nombreuses années, étaient très appréciés pour leur sérieux dans leur travail et pour leur exactitude dans les horaires. Qualité importante quand on fait de la télévision en direct. Cultivés, compétents, efficaces les Togolais se distingués souvent par les résultats qu’ils obtenaient.

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Ce petit pays de l’Afrique de l’ouest, coincé entre le Bénin et le Ghana, faisait partie de la côte des esclaves et a dû subir le commerce humain organisé au départ par les Portugais. Colonisé par les Allemands dès la fin du XIXème siècle, les rébellions des Konkomba et des Lamba, ont été noyées dans la sang par les colonisateurs après de longs et durs combats. Mais l’Allemagne, concurrencée par l’Angleterre et surtout par la France, voulut faire du Togo une " colonie modèle ". C’est-à-dire une colonie qui rapportait beaucoup d’argent à la métropole. Elle y réussit en partie en développant l’agriculture de rente et surtout le port de Lomé et le commerce, ce qui est le dernier atout aujourd’hui de ce pays martyr. Récupéré par La France pour des deux tiers et pas l’Angleterre pour un tiers après la première guerre mondiale, ce pays a " bénéficié " d’une " indépendance " théorique accordé par la France en même temps que les autres pays africains. Mais en 1967 le lieutenant colonnel Eyadema, certainement aidé par la France, prenait le pouvoir par un coup d’état militaire et ne le lâchait plus jusqu’à sa mort, presque 40 ans plus tard. Devenu au fil des ans de plus en plus sanguinaire, le président du Togo battait le record de longévité des présidents-dictateurs africains avec le soutien sans faille de l’armée française.

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Il y eu une tentative de justice en 1981 après l’élection de Mitterand. Jean-Pierre Cot était nommé ministre de la Coopération. Il se mit à l’écoute des opposants africains survivants, certains exilés en France, et il fit de timides propositions pour diminuer l’aide à ces dictateurs. Le sort du ministre était réglé en quelques mois. Le gouvernement socialiste le mettait à l'écart dans un placard doré de l'Europe. Nous étions allés à Bruxelles en 1982, avec René Dumont, pour enregistrer un entretien entre Jean-Pierre Cot et René Dumont quand je faisais le film sur cet agronome. Jean-Pierre Cot restait très discret sur son éviction du gouvernement français et pensait qu’en sa qualité de parlementaire socialiste européen il pourrait jouer un rôle pour aider l’Afrique. On peut mesurer aujourd’hui le résultat !

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Si la France n’a rien fait pour aider les populations africaines à survivre, si l’Europe n’a rien fait non plus si ce n’est donner des postes à des experts très couteux qui n’ont aucun moyen d’agir, les Etats Unis qui font des promesses aussi n’ont pas peur du ridicule. Je lis dans le Canard Enchaîné de cette semaine que l’amiral Lowell Jacoby, patron du service de renseignements militaires qui dépend du Pentagone, a déclaré devant le Sénat américain, que les guerres d'Irak et d’Afghanistan coûtent 5,6 milliards de dollars par mois, " à peu près l’équivalant du produit intérieur brut du Niger... en un an ! " Et on nous fera croire après cette information que les pays riches n’ont pas les moyens de répartir les richesses à l’échelle de la planète !

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Mon sentiment est que derrière les discours humanistes se cache une volonté de maintenir et développer l’esprit de colonisation qui existe depuis le XVème siècle : continuer à explorer et découvrir des richesses qui nous auraient échapper et mettre tout en œuvre, y compris la guerre, pour continuer à piller ceux qui n’ont pas les moyens de se défendre.